SANG


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SANG

Le sang est un tissu «liquide» présent uniquement chez les animaux supérieurs et chez plusieurs invertébrés. Comme l’épithélium, le muscle ou l’os, il est formé de cellules vivantes; cependant, celles-ci sont en suspension dans une solution aqueuse de composition complexe. En outre, comme tous les tissus de l’organisme, le sang remplit, grâce à la circulation, de multiples fonctions nécessaires à la vie, telles que les échanges respiratoires et nutritifs, la régulation de la constance du milieu intérieur, la répartition et l’égalisation de la chaleur, et la défense de l’organisme.

Ce rôle vital du sang a été compris dès la préhistoire. Pourtant, les découvertes en hématologie, lentes et longtemps demeurées dans l’ombre, sont l’œuvre de chercheurs isolés et écrasés par les contraintes de la tradition et de la religion. On peut les grouper schématiquement en trois périodes. La première débute dès 1616, lorsque Harvey démontre le mouvement circulaire perpétuel du sang. Peu après, Lower observe que le sang qui va au poumon est noir, tandis qu’«imbibé d’air» il est de nouveau rutilant dans la veine pulmonaire. Ce n’est qu’en 1867 que H. Selye explique ce phénomène, ainsi que la propriété des globules rouges de capter et de relâcher l’oxygène. En 1674, les observations au microscope remarquablement précises du Hollandais Leeuwenhoek permettent de donner une bonne approximation du diamètre moyen des globules rouges (1/3 000 d’inch, soit 8,5 猪m); elles sont toutefois niées ou méconnues jusqu’au milieu du XIXe siècle. La deuxième période s’ouvre avec la découverte, en 1901, des groupes sanguins A, B, O par Landsteiner, d’où dériveront les connaissances actuelles sur l’immuno-hématologie. Par la suite, on a pu préciser la structure des immunoglobulines, étudier le contrôle génétique de la synthèse des protéines et rendre réalisables des applications thérapeutiques, telles que la transfusion sanguine et les greffes d’organes. Enfin, la troisième période a été ouverte par l’apport de techniques nouvelles, telles que la microscopie électronique et l’utilisation des traceurs radioactifs. L’hématologie s’est enrichie en utilisant les techniques de la physique, de la biochimie, de l’immunologie, de la génétique, de la pharmacologie.

Durant les dernières décennies, l’hématologie s’est scindée en secteurs qui se développent aujourd’hui quasi indépendamment les uns des autres. C’est donc presque arbitrairement qu’on esquissera ici quelques-unes des connaissances fondamentales.

1. Constitution

Le sang est formé d’une suspension homogène de corpuscules dans du plasma. Ces corpuscules sont de trois types: globules rouges (encore appelés hématies, ou érythrocytes), globules blancs (ou leucocytes), plaquettes (ou thrombocytes).

Les globules rouges

Structure et fonction

Les globules rouges sont formés en quatre ou cinq jours à partir de la lignée érythroblastique de la moelle osseuse, par division successive, puis expulsion du noyau, aboutissant ainsi au réticulocyte. Celui-ci passe dans la circulation et se transforme en deux jours environ en globule rouge mûr, qui a la forme d’un disque dont la coupe est celle d’une lentille biconcave de 7,5 猪m de diamètre (cf. fig. 1, ainsi que les articles HÉMATOLOGIE, pl. I, et HÉMATOPOÏÈSE). Cette forme, particulièrement adaptée aux échanges gazeux, assure au globule l’élasticité nécessaire à son turbulent voyage dans des conduits circulatoires dont certains ne dépassent pas 2 à 3 猪m. Le nombre de globules rouges, variable d’une espèce animale à l’autre, est chez l’homme de 25 000 milliards environ, soit 4 à 5 millions par millimètre cube de sang.

La membrane du globule rouge est de nature phospholipidique. Les propriétés antigéniques qu’elle porte définissent les groupes érythrocytaires. L’analyse du contenu cellulaire révèle un tassement des molécules d’hémoglobine, qui occupent 25 p. 100 environ du volume disponible, de l’eau (70 p. 100), des constituants minéraux et organiques (5 p. 100), dont la plupart, en solution dans l’eau, sont à l’état d’ions. Parmi les cations, le potassium est l’élément prépondérant. Parmi les anions, le chlore, si abondant dans le milieu extérieur, cède la place aux protéines. Celles-ci, en raison du pH globulaire, sont à l’état de protéinates.

Au terme de leur vie de cent vingt jours, les hématies sont détruites dans le système réticuloendothélial, qui assure également la dégradation de l’hémoglobine.

Hémolyse

Quand des globules rouges sont placés in vitro dans de l’eau distillée ou dans une solution hypotonique, l’eau pénètre dans les cellules et les fait gonfler jusqu’à un point critique où la membrane libère l’hémoglobine. On appelle hémolyse la lyse des hématies avec diffusion du pigment respiratoire.

Dans l’organisme, l’hémolyse constitue un mécanisme physiologique de destruction des globules rouges. Celle-ci est réalisée par phagocytose dans le système réticuloendothélial. La rate constitue un organe réservoir et destructeur des hématies [cf. RATE]. La figure 2 montre le cycle des produits de dégradation de l’hème. Le catabolisme de l’hémoglobine, la formation des pigments biliaires et le devenir du fer ont été étudiés respectivement dans les articles PIGMENTS (fig. 9) et métabolisme du FER.

Les globules blancs

Les globules blancs ne représentent que 5 000 à 10 000 éléments par millimètre cube et sont eux aussi formés par la moelle (cf. HÉMATOLOGIE, pl. I, et HÉMATOPOÏÈSE).

Certains, les polynucléaires , ont un noyau polylobé et un cytoplasme granuleux, l’affinité tinctoriale de ces granulations définissant les polynucléaires neutrophiles, éosinophiles ou basophiles (cf. HÉMATOLOGIE, pl. I). Les mieux connus, car les plus nombreux, sont les neutrophiles dont le rôle est essentiel dans la lutte antibactérienne, par leur propriété de phagocytose, et dans le processus de l’inflammation (fig. 1). Leur séjour dans le sang est de l’ordre d’une journée seulement.

Les lymphocytes circulent dans le sang et dans la lymphe. Ils sont en effet l’objet d’une circulation dans un double système vasculaire et peuvent passer de l’un à l’autre. Ils ont un rôle prépondérant dans les phénomènes de défense immunitaire et leur durée de vie varie de quelques jours à plusieurs années.

Les monocytes représentent la plus grande cellule circulante. C’est un élément de passage, spécialisé dans la phagocytose; il migre vers des tissus où il devient un macrophage hautement spécialisé.

Les plaquettes

Produites par les mégacaryocytes médullaires (cf. HÉMATOLOGIE, pl. I: fig. 10 et 11), les plaquettes sont des éléments anucléés, de petite taille (2 猪m); leur durée de vie est de huit jours environ. Leur nombre est de 300 000 par millimètre cube environ. Elles jouent un rôle fondamental dans le processus de l’hémostase.

Le plasma

Le plasma est une solution en milieu aqueux de divers électrolytes et de protéines. De la stabilité de cette solution dépend celle du «milieu intérieur», qui ne peut s’écarter de normes très étroites.

Les électrolytes plasmatiques

Les électrolytes plasmatiques (cations et anions) règlent en grande partie la pression osmotique, l’équilibre acido-basique et la répartition de l’eau dans l’organisme (cf. métabolisme HYDROMINÉRAL, OSMORÉGULATION).

Les principaux cations sont le sodium, le potassium, le calcium, le magnésium; les principaux anions sont les ions bicarbonate, chlore, phosphate, sulfate, les acides organiques et les protéines (tabl. 1).

La balance électrolytique plasmatique est bien différente de celle d’autres espaces liquidiens de l’organisme, en particulier des liquides intracellulaires, où l’ion potassium domine de très loin l’ion sodium.

Les protéines plasmatiques

Les protéines plasmatiques se divisent en trois classes: albumine, globulines, fibrinogène, qui représentent environ 70 g/l de plasma (tabl. 1). La principale d’entre elles est l’albumine (40 g/l). Les globulines sont séparées en différentes fractions selon leur mobilité électrophorétique. Des techniques plus complexes d’immuno-électrophorèse, de chromatographie ont permis d’identifier plus de vingt protéines plasmatiques différentes.

Leurs fonctions sont multiples, souvent étroitement spécialisées. Leur taux pondéral ne donne aucune idée de leur importance biologique, particulièrement quand elles sont douées d’une activité enzymatique. Elles détiennent diverses propriétés, capitales pour l’organisme: l’albumine et les globulines sont essentielles pour le maintien de la pression oncotique du plasma qui règle le volume de l’espace plasmatique; les globulines, surtout les immunoglobulines (anticorps) et le complément, jouent un rôle décisif dans la défense de l’organisme; les facteurs de la coagulation et de la fibrinolyse sont en rapport avec l’hémostase; certaines protéines plasmatiques sont de première importance pour le transport de quelques métaux, des hormones, des lipides et des déchets hémoglobiniques; des systèmes vaso-effecteurs complexes tiennent sous leur dépendance certaines propriétés vasculaires.

L’étude du plasma nécessite de recueillir du sang sur un agent à action anticoagulante, afin d’éviter la formation d’un caillot et l’exsudation du coagulum d’un liquide clair, le sérum. Celui-ci diffère du plasma par la perte de certaines protéines, fibrinogène en particulier, qui interviennent dans la coagulation du sang.

Les matières organiques non protéiques

Le tableau 1 indique les principaux éléments organiques qui, en dehors des protéines, entrent dans la constitution du plasma humain. Parmi ces éléments, certains sont essentiels à la vie des cellules, d’autres sont des produits du métabolisme intermédiaire.

Le plasma est donc une solution complexe renfermant des protéines, de l’urée, du glucose, des ions (Na+, K+, etc.). Sa pression osmotique, maintenue relativement constante par le rein, est fonction des concentrations molaires de ces éléments:

c est la concentration (g/l), M le poids moléculaire, T la température absolue, K une constante. Cette équation montre que les ions C1-, HC-3, et Na+, dont la concentration pondérale est relativement élevée et dont le poids molaire est faible, ont une pression osmotique beaucoup plus importante que celle des protéines (pression oncotique). L’importance biologique de la pression osmotique du plasma est mise en évidence par l’observation des hématies (cf. supra , chap. 1: Hémolyse).

Numération globulaire

La numération globulaire permet de calculer le nombre absolu de cellules contenues dans un certain volume de sang. Le tableau 2 indique les résultats normaux chez l’adulte.

Actuellement, la plupart des numérations globulaires, à l’exception des plaquettes, sont effectuées à l’aide de compteurs automatiques, dont l’utilisation permet de diminuer les marges d’erreurs, qui restent cependant relativement importantes: face=F0019 梁 2 à 6 p. 100 pour les globules rouges et blancs, 梁 15 p. 100 pour les plaquettes.

L’hématocrite, qui représente le volume des hématies par rapport au volume sanguin (fig. 3), est normalement de 40 à 50 p. 100 chez l’homme adulte, de 38 à 47 p. 100 chez la femme.

La formule leucocytaire représente la proportion relative des différentes variétés de leucocytes.

2. Volume sanguin total (volémie)

La quantité de sang contenu dans l’ensemble de l’organisme peut être évaluée par divers procédés, telle la méthode de dilution isotopique [cf. ISOTOPES]. Des hématies, mises en contact avec une solution de chrome 51, deviennent radioactives. Elles sont remises en circulation et se répartissent de façon homogène dans le sang. Après vingt minutes, on pratique un prélèvement de sang et on détermine le volume sanguin total Vs:

où R est la radioactivité injectée, r la radioactivité de 1 ml de sang total.

Compte tenu de l’hématocrite H, on peut en déduire le volume plasmatique total Vp:

et le volume globulaire total.

Ces volumes varient à l’état physiologique en fonction du poids, de la taille et du sexe. Les chiffres normaux sont donnés par le tableau 3.

3. Propriétés fondamentales

Propriétés physiques

Les principales propriétés physiques du sang portent sur la coagulation et sur la viscosité.

Coagulation

La coagulation représente le passage de l’état liquide à l’état de gel, lié à la constitution d’un caillot. Ce changement d’état physique est dû à la transformation du fibrinogène, protéine soluble, en fibrine insoluble. Celle-ci, organisée en réseau, constitue l’armature du caillot dont la rétraction laisse exsuder le sérum (cf. HÉMOSTASE ET HÉMORRAGIES, fig. 1). Cette transformation du fibrinogène en fibrine se fait sous l’action d’une enzyme protéolytique, la thrombine. Celle-ci provient de l’activation de la molécule de prothrombine, aboutissement d’une chaîne de réactions enzymatiques déclenchées par le contact du sang avec une surface non endothélialisée (un tube d’expérience ou une blessure vasculaire, par exemple) ou par l’action de sucs tissulaires. La formation de la thrombine au cours de la coagulation est en équilibre avec un système inhibiteur qui permet de limiter la coagulation au lieu même de l’organisme où elle est utile. Outre les protéines plasmatiques de la coagulation, au nombre de dix, le processus nécessite des phospholipides plaquettaires ou tissulaires et l’ion calcium. En effet, le sang recueilli dans un tube ne coagule pas s’il est décalcifié dès le prélèvement; l’absence de plaquettes ou d’un des facteurs plasmatiques de la coagulation entraîne une tendance au saignement. C’est le cas de l’hémophilie, liée à l’absence congénitale de l’un des facteurs de la coagulation [cf. HÉMOPHILIE].

La coagulation est suivie d’une dissolution du caillot de fibrine, la fibrinolyse, phénomène physiologique qui permet de restaurer la perméabilité vasculaire, et qui est sous la dépendance d’une enzyme protéolytique, la plasmine, formée à partir d’un précurseur plasmatique. Cette enzyme dégrade la fibrine insoluble en petits fragments solubles (cf. HÉMOSTASE ET HÉMORRAGIES, fig. 2).

Viscosité

Le sang constitue un liquide complexe, hétérogène, qui présente une viscosité propre. Celle-ci est une donnée essentielle des conditions de la circulation et surtout de la microcirculation dans les capillaires. Elle dépend de la concentration des éléments figurés et des protéines plasmatiques, de la déformabilité des globules rouges, de leur tendance à l’agrégation.

Sédimentation globulaire

La sédimentation globulaire représente la chute spontanée au fond d’un tube des globules rouges du sang recueilli sur un anticoagulant. Elle reflète la tendance des hématies à s’accoler en rouleaux dès que le sang est au repos (fig. 1). Cette tendance varie avec l’«atmosphère» protéique, en particulier le taux des protides totaux et du fibrinogène. Son étude constitue un des moyens biologiques les plus simples et les plus fidèles dans le diagnostic et la surveillance d’un grand nombre d’affections.

Fonction de transport

Transport des gaz du sang

Dans les espèces animales les moins évoluées, les échanges gazeux sont assurés par diffusion dans des canaux aériens ou à travers la peau. En revanche, chez les espèces supérieures, ils le sont par un organe d’échange complexe (le poumon), un système vasculaire élaboré et un pigment respiratoire [cf. RESPIRATION]. Ce dernier est une acquisition fondamentale; en effet, dans le capillaire pulmonaire de l’homme la quantité d’oxygène dissoute dans le plasma ne représente que le cinquantième de la quantité d’oxygène liée par l’hémoglobine ; si le sang était dépourvu d’hémoglobine, il faudrait 250 litres de sang pour assurer la totalité des échanges gazeux de l’organisme. L’inclusion de l’hémoglobine dans les hématies représente en outre un gain important: protégée par un système enzymatique, elle se conserve pendant les cent vingt jours de la survie du globule rouge; elle permet une viscosité sanguine bien moindre que celle qui est réalisée par une solution plasmatique de la même quantité du pigment.

L’hémoglobine est une molécule complexe, dont la structure est parfaitement connue (cf. HÉMOGLOBINOPATHIES et métabolisme du FER). Elle est présente au taux de 14 à 16 g pour 100 ml de sang chez l’homme normal. Ce pigment respiratoire peut se combiner avec différents gaz et assurer leur transport. L’oxyhémoglobine, association d’une molécule d’oxygène et d’hémoglobine, est capable de se dissocier de nouveau; elle assume le transport de l’oxygène des poumons vers les tissus. À ce niveau, le gaz carbonique est pris en charge pour être transporté vers les poumons [cf. RESPIRATION].

Transport de divers éléments

En plus des gaz du sang et des éléments figurés, le sang véhicule des éléments très divers, tels que les aliments de la cellule, les déchets de la cellule entraînés vers les organes d’excrétion, les hormones apportées de l’organe producteur aux organes cibles, les vitamines, les métaux, les drogues médicamenteuses. Les protéines jouent un rôle majeur dans cette fonction, soit de façon peu spécifique (ainsi, l’albumine transporte aussi bien des déchets du métabolisme cellulaire, par exemple la bilirubine, fig. 2, que certains médicaments comme les drogues antivitamine K), soit de façon très spécifique, telles la sidérophiline pour le fer [cf. FER] ou la transcobalamine pour la vitamine B12.

Constance du milieu intérieur

La constance du milieu intérieur dépend de la stabilité des concentrations ioniques et protéiques du plasma, dont sont fonction la pression oncotique et la stabilité du pH. Cette dernière représente la limite la plus contraignante imposée à l’organisme qui doit maintenir le pH entre 7,35 et 7,45. Or, le sang charrie vers les organes d’excrétion (poumon et rein) les produits du catabolisme cellulaire qui contiennent de nombreux acides (carbonique, sulfurique, phosphorique, lactique, pyruvique, etc.). La production journalière d’acide carbonique atteint même 10 à 20 moles par jour, soit l’équivalent de 1 à 2 litres d’acide chlorhydrique concentré. Pour le maintien de la stabilité du pH sanguin interviennent divers systèmes tampons, dont les systèmes plasmatiques, qui utilisent les bicarbonates, les phosphates et les protéines, et les systèmes érythrocytaires, qui mettent à profit l’hémoglobine et l’oxyhémoglobine (cf. équilibre ACIDO-BASIQUE).

Réactions de défense de l’organisme

Spécificité antigénique d’un individu

Le sang joue un rôle de premier plan tant dans la détermination de la spécificité d’espèce, face aux autres espèces animales, que dans celle de la spécificité de l’individu à l’intérieur de l’espèce humaine: les globules rouges, porteurs d’un grand nombre de spécificités antigéniques, déterminent les systèmes de groupes sanguins si importants en transfusion sanguine; les leucocytes et les plaquettes sont porteurs des antigènes tissulaires d’histocompatibilité, essentiels dans la tolérance des homogreffes; les groupes sériques des immunoglobulines, de l’haptoglobine, de la transferrine, par exemple, viennent encore compléter cette définition de l’invidu (cf. chap. 4). La transmission génétique de ces différents caractères permet de les utiliser dans les recherches en exclusion de paternité et dans l’étude des mouvements de population.

Surtout, l’organisme reconnaît comme étranger tout antigène dont il n’est pas porteur et met en œuvre son système de défense immunitaire pour lutter contre ces éléments. Cela est valable aussi bien dans la défense contre l’infection que pour une greffe d’organe.

Le système de défense immunitaire

Le sang est la voie la plus facile pour étudier le système de défense immunitaire. Il existe schématiquement deux types d’immunité [cf. IMMUNITÉ ET SYSTÈME IMMUNITAIRE].

L’immunité humorale est liée à la synthèse d’anticorps dirigés contre l’antigène. Les anticorps sont des immunoglobulines dont il existe trois types principaux: IgG, IgA, IgM, sécrétés par des cellules spécialisées, les plasmocytes dérivés des lymphocytes. Ce type d’immunité peut être transmis par injection du sérum contenant les anticorps.

L’immunité cellulaire ne s’effectue pas par l’intermédiaire d’anticorps circulants; elle peut être transmise par transfusion des petits lymphocytes sensibilisés; l’ablation néo-natale du thymus chez l’animal la supprime.

Dans ces deux voies différentes de l’immunité, les lymphocytes jouent un rôle prépondérant dans la reconnaissance de l’antigène (où le macrophage intervient également), dans la transmission de l’information aux cellules effectrices et dans la mise en mémoire d’un premier contact avec l’antigène.

Lutte contre l’infection

Le sang intervient de deux façons différentes pour combattre l’infection.

La phagocytose des germes par les polynucléaires représente un moyen de défense de première importance dans bon nombre d’infections: le polynucléaire, attiré vers le germe par chimiotactisme, l’englobe par phagocytose et le digère [cf. PHAGOCYTAIRE (SYSTÈME) ET PHAGOCYTOSE].

La mise en œuvre des défenses immunitaires donne une réaction de type humoral (anticorps antitétaniques) ou de type cellulaire (bacille tuberculeux). Ce type de défense explique en outre, du fait de la mémoire antigénique, l’intérêt de la vaccination, d’une part, et la gravité des déficits de la fonction immunitaire, d’autre part.

4. Groupes sanguins

La transfusion sanguine a pu connaître un prodigieux essor grâce à la connaissance des groupes sanguins. La pratique de ces examens fait intervenir des notions appartenant aux domaines de l’immunologie et de la génétique, c’est-à-dire faisant appel à la détection d’anticorps et de propriétés antigéniques transmises héréditairement. On appelle antigène une substance capable de susciter dans l’organisme la formation d’anticorps. C’est à l’échelle moléculaire que les antigènes se différencient, et la notion de groupe sanguin se réfère à l’ensemble d’individus possédant en commun un détail structural caractéristique au niveau de certaines molécules qui se trouvent situées soit sur les globules rouges, soit sur les globules blancs et sur les plaquettes, soit encore dans le plasma ou le sérum. Les individus qui appartiennent à un groupe sanguin particulier se distinguent donc des autres en ce qu’ils possèdent un ou plusieurs déterminants antigéniques propres à ce groupe. Les techniques de groupage varient selon les systèmes et selon que l’antigène se trouve au niveau des éléments figurés ou bien du sérum; il peut s’agir d’agglutination, de précipitation, de mobilité électrophorétique [cf. IMMUNOLOGIE]. Le point essentiel est que ces caractères de groupe sont transmis génétiquement.

On résumera d’abord les principales connaissances concernant les groupes érythrocytaires, c’est-à-dire les caractéristiques des globules rouges, parmi lesquels les groupes A, B, O et Rh sont les systèmes les plus importants. Puis on étudiera les groupes leuco-plaquettaires et les groupes sériques.

Les groupes sanguins érythrocytaires

Le système ABO

La découverte fondamentale des premiers groupes sanguins, c’est-à-dire du système ABO, revient à Landsteiner en 1901. Mettant en contact les globules rouges de certains individus avec le sérum d’autres individus, il remarque que tantôt se produit une agglutination, tantôt il ne se produit rien. Il est alors possible de classer les sujets en quatre groupes: O, A, B, AB.

Les sujets du groupe O ont leurs globules qui ne sont agglutinés par aucun des sérums des autres catégories, mais leur sérum possède des agglutinines actives sur les globules des autres groupes. À l’opposé, les sujets du groupe AB ont des hématies qui sont agglutinées par les sérums des autres groupes, mais leur sérum ne contient aucune agglutinine agissant sur les globules rouges des autres groupes. Les sujets du groupe A possèdent dans leur sérum un anticorps anti-B; inversement, les sujets du groupe B ont dans leur sérum un anticorps anti-A. Ces propriétés sont résumées dans le tableau 4.

Le groupe O a longtemps été défini comme «donneur universel», car il pouvait être transfusé à des receveurs de groupes indifférents, et le groupe AB était désigné comme «receveur universel», c’est-à-dire pouvant recevoir le sang de n’importe quel sujet (tableau 4). En réalité, ces dénominations ne sont plus guère usitées. À la notion de donneur de sang universel on a substitué celle de transfusion isogroupe , qui consiste à toujours injecter à un sujet le sang de son propre groupe. En effet, certains sujets du groupe O ont dans leur plasma des agglutinines immunes qui ne peuvent être injectées sans danger à des sujets d’un groupe différent du groupe O.

En France, les groupes O et A ont une fréquence équivalente de l’ordre de 44 à 45 p. 100; les groupes B représentent 8 p. 100 et les groupes AB de 3 à 4 p. 100 de la population. Par suite de leurs variations selon les races, les groupes sanguins sont très précieux pour les études anthropologiques [cf. HÉMOTYPOLOGIE].

Le groupe A peut être divisé en deux sous-groupes: le groupe A1 et le groupe A2; ce dernier est un groupe A faible.

Les gènes du système ABO sont situés au niveau d’une paire de chromosomes autosomes (chromosomes non liés au sexe). Les facteurs A et B se comportent comme des traits héréditaires dominants: en effet, ils n’existent jamais chez un enfant si l’un au moins des parents ne les possède pas. L’absence simultanée des facteurs A et B (groupe O) se comporte comme un trait héréditaire récessif.

Il faut différencier le génotype, c’est-à-dire les gènes portés par la paire de chromosomes allèles, et le phénotype, c’est-à-dire le groupe qui est exprimé sur les globules rouges. Le tableau 5 montre qu’au phénotype O ne peut correspondre qu’un seul génotype OO, mais qu’au phénotype A peuvent correspondre des sujets homozygotes AA ou hétérozygotes AO. Au phénotype B peuvent correspondre également des homozygotes BB ou des hétérozygotes BO. En revanche, les sujets AB sont nécessairement hétérozygotes, ayant hérité A de l’un des parents et B de l’autre.

Le tableau 5 indique que des parents du groupe O ne peuvent avoir que des enfants du groupe O, mais qu’un père du groupe A et une mère du groupe B peuvent avoir des enfants du groupe O, ou du groupe A, ou du groupe B, ou du groupe AB. Il faut se méfier de tirer des conclusions hâtives pour la filiation ou l’exclusion de paternité si l’on ne possède pas un maximum de connaissances en génétique.

Le système Rh

Le système Rh (Rhésus) doit son nom à la découverte faite par Landsteiner et Wiener en 1940. Des lapins immunisés contre des globules rouges du singe Macacus rhesus pouvaient produire une agglutinine permettant de distinguer deux groupes parmi les échantillons de globules rouges humains: Rh positif agglutinés (85 p. 100) et Rh négatif non agglutinés (15 p. 100). La même année, A. S. Wiener et H. R. Peters mettaient en évidence des anticorps anti-Rhésus dans certains cas d’immunisation post-transfusionnelle; en 1941, P. Levine montrait que la maladie hémolytique du nouveau-né résultait d’une immunisation fœto-maternelle qui se produisait lorsqu’une mère Rh négatif portait un fœtus Rh positif [cf. HÉMOTYPOLOGIE].

La découverte du système Rh a été le point de départ d’un développement extraordinaire de l’immuno-hématologie. C’est en effet à partir de 1940-1941 que la recherche d’anticorps irréguliers faite sur les sérums de transfusés et de femmes enceintes a permis de découvrir des anticorps spécifiques de déterminants antigéniques nouveaux. Il a été ainsi possible de définir des sous-groupes dans le système Rh positif et de reconnaître d’autres systèmes de groupes sanguins. Sont désignés comme Rh positif tous les sujets qui possèdent l’antigène D (Rh0). Cet antigène D est le plus souvent associé à C (C + D = Rh1) et s’observe chez 55,5 p. 100 des individus. Dans 12,4 p. 100 des cas, D s’associe à C et E. Les sujets Rh négatifs (cde) représentent 15,2 p. 100 de la population française. Très rares sont les sujets qui possèdent C ou E sans avoir D (cf. HÉMOTYPOLOGIE, tabl. 1).

Les antigènes du système Rh se comportent comme des caractères codominants, c’est-à-dire qu’ils sont transmis des parents aux enfants; chacun des individus porte sur une paire de chromosomes les caractéristiques correspondant à C ou c, D ou d, E ou e, trois de ces caractéristiques étant présentes sur chacun des chromosomes et se trouvant transmises en bloc (tabl. 6)

Autres systèmes de groupes érythrocytaires

On connaît depuis fort longtemps les groupes M et N, qui ne jouent pratiquement aucun rôle dans la transfusion sanguine, mais qui sont utiles pour les études d’hérédité. En revanche, les groupes P, S, et s (qui sont d’ailleurs liés aux groupes MN) peuvent être à l’origine d’immunisation.

Les systèmes Kell, Duffy, Kidd et Lutheran sont des découvertes plus récentes. Leur désignation provient des noms des personnes dans le sérum desquelles on a trouvé pour la première fois l’anticorps, ce qui a permis d’identifier l’antigène pour chacune de ces séries (cf. HÉMOTYPOLOGIE, tabl. 1). Ces systèmes sont d’inégale importance.

Le système Kell est celui qui, dans la pratique, est le plus important à considérer, car on observe d’assez nombreux cas d’immunisation de sujets Kell négatif (qui représentent 91 p. 100 de la population) à la suite de la transfusion de sang Kell positif (9 p. 100).

Le système Duffy, en particulier le facteur Fy (a), joue un rôle non négligeable dans la compatibilité tranfusionnelle.

Il en est de même pour le système Kidd; des anticorps anti-Jk (a) peuvent être à l’origine d’accidents transfusionnels.

Beaucoup plus rares sont les anticorps anti-Lutheran.

Les groupes leuco-plaquettaires

Tous les tissus du corps humain sont porteurs d’antigènes particuliers, les antigènes d’histocompatibilité, qui sont à l’origine des rejets de greffes ou de transplantations d’organes. À la suite des travaux de J. Dausset en 1952, on sait que les antigènes tissulaires sont portés également par les leucocytes et par les plaquettes ; c’est donc par le groupage leucocytaire que l’on pourra établir le groupe HLA dont l’importance est considérable en matière de transplantation, de génétique, d’anthropologie et d’exclusion de paternité (cf. GREFFES ANIMALES ; HÉMOTYPOLOGIE, tabl. 2 et 3). Il s’agit d’un système d’une extrême complexité comportant plus de cinquante antigènes distincts appartenant à trois loci différents A, B et DR. Chaque individu est porteur de quatre antigènes au niveau de ses leucocytes, de ses plaquettes et de tous ses tissus. Il a hérité, en effet, de chacun de ses parents un antigène du locus A et un antigène du locus B. Il transmettra à ses enfants un de ces deux haplotypes composé lui aussi d’un antigène du premier locus et d’un antigène du deuxième locus. Au premier locus, citons entre autres les spécificités A1, 2, 3, 9, 10, 11. Au deuxième locus les spécificités B5, 7, 8, 12, 13, etc.

La complexité de ce système explique que, si, dans une famille, un quart des enfants (statistiquement) est porteur des mêmes antigènes HLA (on les appelle des germains identiques), au contraire deux sujets non apparentés, pris au hasard dans une même population ont moins d’une chance sur mille d’être porteurs des mêmes antigènes HLA, et pour certaines spécificités rares les chances sont mêmes inférieures à 1/10 000. Cela est à l’origine des difficultés pour trouver un donneur compatible avec un receveur donné et de l’intérêt qu’il y a à créer de larges organisations comme Euro-Transplant pour rechercher des reins de cadavres compatibles avec d’éventuels receveurs [cf. TRANSPLANTATION D'ORGANES].

Les groupes sériques

Si l’on considère seulement l’importance pratique pour la transfusion, ou pour les complications fœto-maternelles, des systèmes de groupes sanguins, la connaissance de groupes de protéines sériques joue un rôle beaucoup plus modeste. Toutefois, la découverte de groupes d’immunoglobulines (groupes Gm) a rendu des services éminents à la fois pour la connaissance de la structure des immunoglobulines et pour l’hérédité des caractéristiques humaines. Le système Gm tire son nom des globulines gamma G, et l’on ne connaît actuellement pas moins de vingt-cinq spécificités Gm différentes, dont la fréquence varie dans des proportions très importantes selon les populations et les races étudiées (cf. HÉMOTYPOLOGIE, tabl. 4). Les anticorps anti-Gm peuvent se trouver dans certains sérums normaux et dans différentes catégories de maladies, mais surtout dans une forme d’atteinte rhumatismale chronique, que l’on appelle polyarthrite évolutive ou arthrite rhumatoïde.

Il faut opposer à ces groupes sériques, définis par une réaction immunologique, d’autres groupes sériques définis par la migration électrophorétique particulière de certaines protéines des sérums normaux (cf. HÉMOTYPOLOGIE, Les molécules actives, in chap. 1), telles qu’un système de transferrines (la transferrine est une 廓-globuline transportant le fer), et de groupe d’haptoglobines (protéines ayant la propriété de former avec l’hémoglobine une combinaison stable).

Enfin, il existe des groupes d’enzymes érythrocytaires, tels les groupes de phosphatases acides, de phosphoglucomutases [cf. HÉMOTYPOLOGIE].

De cette étude il est possible de dégager deux points essentiels: d’une part, la connaissance des groupes sanguins est indispensable pour la pratique de la transfusion et pour la compréhension de certains accidents d’immunisation fœto-maternelle ou post-transfusionnelle; d’autre part, elle a permis de faire des progrès notables en génétique humaine, et elle rend les plus grands services dans les recherches de paternité, en médecine légale (identification des taches de sang) et en anthropologie.

sang [ sɑ̃ ] n. m.
• 980; lat. sanguen, neutre de sanguis
1Liquide visqueux, de couleur rouge, qui circule dans les vaisseaux, à travers tout l'organisme, où il joue des rôles essentiels et multiples (nutritif, respiratoire, régulateur, de défense, etc.). circulation; -émie, héma-, hémat(o)-, hémo-. La circulation du sang. Sang artériel, veineux, qui circule dans les artères, les veines. Le sang est formé d'« éléments figurés » (globules rouges, globules blancs ou leucocytes, plaquettes) en suspension dans le plasma qui contient diverses substances (sérum-albumines, sérum-globulines, lipides, glucose, urée, créatine, éléments minéraux). Teneur du sang en lipides. lipidémie . L'hémoglobine du sang. Tension du sang dans les vaisseaux. Types de sang. groupe (sanguin); rhésus. Coagulation du sang. caillot, fibrine, sérum. Prise de sang; analyse de sang. hémogramme. Donneur de sang. Transfusion de sang. Sang contaminé. Sang laqué. Vieilli Animaux à sang chaud (à température stable : homéothermes), à sang froid (à température variable : poïkilothermes).Altérations, maladies du sang. anémie, hémoglobinopathie, hémolyse, hémophilie , leucémie, septicémie, toxémie, urémie. Troubles dans la circulation du sang. apoplexie, congestion, embolie, fluxion, thrombose. Épanchement, flux de sang. ecchymose, hémorragie, purpura, saignement. Sang menstruel. menstrues, règles. Pertes de sang. métrorragie.
Loc. cour. Sang qui monte à la tête, au visage. Mon sang n'a fait qu'un tour : j'ai été bouleversé (indignation, peur, etc.). — Un apport de sang neuf, frais, d'éléments nouveaux, jeunes; spécialt capitaux nouveaux investis (cf. Argent frais). — Coup de sang : congestion. « L'abbé Godard devint rouge, à faire craindre un coup de sang » (Zola). Œil injecté de sang. Suer sang et eau [ sɑ̃eo ]. Larmes de sang. Crachement de sang. hématémèse, hémoptysie. Fam. Pisser le sang. hématurie. Avoir perdu beaucoup de sang ( exsangue) . Baigner dans son sang. Se gratter, mordre, pincer jusqu'au sang. Être en sang, ensanglanté. ⇒ saigner; sanglant.
Anc. méd. Le sang : humeur qui commande les passions, le comportement. « Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degrés de la chaleur et de la froideur du sang » (La Rochefoucauld).
2Loc. fig. ou métaph. Principe de vie, dans l'être vivant. Des êtres de chair et de sang, bien réels, bien vivants, avec leurs passions, leurs appétits. — Littér. Un sang généreux, ardent. Cour. Avoir le sang chaud : être irascible, impétueux. — Avoir du sang dans les veines : être courageux, résolu. — Fam. Avoir du sang de navet : être sans vigueur, être lâche. — Fouetter le sang : stimuler. Crainte qui glace le sang. Sang qui se glace, se fige dans les veines. Se faire du mauvais sang : s'inquiéter, se tourmenter dans l'incertitude et l'attente (cf. Se faire de la bile). Se faire un sang d'encre : s'inquiéter terriblement. ⇒ inquiétude, 1. souci. Au plur., fam. Se ronger les sangs : s'inquiéter et s'impatienter à l'extrême. Tourner les sangs (à qqn).
♢ DANS LE SANG : inné, inhérent à la personne, par nature, de naissance. Il a ça (une habitude, un goût, une qualité) dans le sang, profondément ancré. « Il avait la liberté dans la peau; dans la moelle et dans le sang » (Péguy).
3Spécialt (1080) (en parlant du sang versé à la guerre, par violence) Verser, répandre, faire couler le sang. tuer. Effusion de sang. Un bain de sang. carnage, massacre. Cela finira dans le sang. Noyer une révolte dans le sang, la réprimer cruellement. Crime de sang. Avoir du sang sur les mains : avoir commis des crimes. Mettre à feu et à sang : ravager, saccager en brûlant, en massacrant. « Qu'un sang impur [ sɑ̃kɛ̃pyr ] abreuve nos sillons » (La Marseillaise). « Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage » (P. Corneille). Verser son sang pour la patrie, donner sa vie. « Il n'y a pas plus de sang dans le plus violent roman de gangsters que dans l'Orestie ou dans Œdipe-Roi; mais le sang n'y a pas la même signification » (Malraux). Relig. chrét. Le sang du Christ, le Précieux Sang, répandu pour le salut des hommes. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi » ( ÉVANGILE st Jean). Vx Par le sang de Dieu ! juron atténué en « par le sang bleu » (Molière). ⇒ palsambleu. Mod. BON SANG ! Bon sang de bonsoir ! « Qu'est-ce qu'il se met dans le coco Bon sang de bois il s'est saoulé » (Apollinaire).
4Le sang, traditionnellement considéré comme porteur des caractères raciaux et héréditaires. ⇒ hérédité. Le droit du sang (opposé à droit du sol) . Frères du même sang. « Je ne suis pas votre sœur, vous n'êtes pas de notre sang ! » (Claudel). Avoir du sang grec. De sang mêlé. sang-mêlé. Sang bleu; sang noble. De sang royal. Princes du sang. Liens du sang. parenté; consanguin. La voix du sang : instinct affectif familial. — Cheval pur-sang. pur-sang. Une bête de sang, de race. — (XIVe bon sanc ne peut faillir ) PROV. Bon sang ne peut mentir : le sang ne dégénère pas, les qualités des parents (ou iron. leurs défauts) se retrouvent chez les enfants. « Son père alla se promener, confiant dans son fils, car il estimait que bon sang ne saurait mentir » (France).
Vx ou littér. La famille considérée dans sa lignée. Les enfants, les descendants. « Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte » (P. Corneille).
⊗ HOM. 1. Cent, sans.

sang nom masculin (latin sanguis, -inis) Liquide rouge qui circule dans les artères, les veines et les capillaires sous l'impulsion du cœur, et qui irrigue tous les tissus de l'organisme, auxquels il apporte les éléments nutritifs (glucose, par exemple) et l'oxygène, et dont il recueille les déchets. Littéraire. Vie, existence : Payer de son sang. Littéraire. Race, famille, extraction : Prince de sang royal.sang (citations) nom masculin (latin sanguis, -inis) Théodore Agrippa d'Aubigné près de Pons, Saintonge, 1552-Genève 1630 Cités ivres de sang, et encore altérées, Qui avez soif de sang, et de sang enivrées, Vous sentirez de Dieu l'épouvantable main : Vos terres seront feu, et votre ciel d'airain. Les Tragiques Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Que je meure au combat, ou meure de tristesse, Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu. Le Cid, I, 6, Rodrigue Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Mais quoi ? toujours du sang, et toujours des supplices ! Cinna, IV, 2, Auguste Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont Montevideo 1846-Paris 1870 Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle. Poésies, I comte Joseph de Maistre Chambéry 1753-Turin 1821 La terre entière, continuellement imbibée de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la consommation des choses, jusqu'à l'extinction du mal, jusqu'à la mort de la mort. Les Soirées de Saint-Pétersbourg Charles Maurras Martigues 1868-Saint-Symphorien 1952 Académie française, 1938 Il n'est pas une idée née d'un esprit humain qui n'ait fait couler du sang sur la terre. La Dentelle du rempart Grasset Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz Tchereïa, Lituanie, 1877-Fontainebleau 1939 Le sang est l'étalon des valeurs métaphysiques. Ars magna, Nombres P.U.F. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 « Je pensais à toi dans mon agonie, j'ai versé telles gouttes de sang pour toi. » Pensées, 553 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Jean Racine La Ferté-Milon 1639-Paris 1699 Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris, et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux. Athalie, II, 5, Athalie Jean Racine La Ferté-Milon 1639-Paris 1699 Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ? Athalie, II, 5, Mathan Théophile de Viau Clairac 1590-Paris 1626 Ah ! voici le poignard qui du sang de son maître S'est souillé lâchement : il en rougit, le traître ! Pyrame et Thisbé, V, 2, Thisbé Bible Qui verse le sang de l'homme, par l'homme aura son sang versé. Ancien Testament, Genèse IX, 6 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». sir Winston Leonard Spencer Churchill Blenheim Palace, Oxfordshire, 1874-Londres 1965 Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat. Commentaire Paroles prononcées par Winston Churchill le 13 mai 1940 devant la Chambre des Communes, au moment de l'attaque allemande en Belgique et en France. Otto, prince von Bismarck ou, plus précisément, von Bismarck-Schönhausen Schönhausen 1815-Friedrichsruh 1898 Les grandes questions de notre temps ne sont pas tranchées par des discours et des motions majoritaires […], mais par le fer et par le sang. Nicht durch Reden und Majoritätsbeschlüsse werden die grossen Fragen der Zeit entschieden […], sondern durch Eisen und Blut. Discours au Reichstag, 1886 Ivan Alekseïevitch Bounine Voronej 1870-Paris 1953 Les hommes mentent quand ils assurent qu'ils ont horreur du sang. Un crime John Donne Londres 1572-Londres 1631 Tu sais quelle dure scorie est ce monde… Il est vain de tenter de le fléchir ou de l'attendrir par tes larmes, ta sueur ou ton sang. Thou know'st how dry a cinder this world is… That 'tis in vain to dew, or mollifie it With thy tears, or sweat, or blood. An Anatomy of the World, 1st anniversary William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Reste toujours l'odeur de sang : tous les parfums de l'Arabie n'adouciraient pas cette petite main. Here's the smell of the blood still : all the perfumes of Arabia will not sweeten this little hand. Macbeth, V, 1, lady Macbeth William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Il y aura du sang ; on dit que le sang attire le sang. It will have blood ; they say, blood will have blood. Macbeth, III, 4, Macbeth William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Tout l'océan du grand Neptune arrivera-t-il à laver ce sang de ma main ? Non, c'est plutôt ma main qui teindra d'incarnat les multitudes marines, changeant tout ce vert en une étendue rouge. Will all great Neptune's ocean wash this blood Clean from my hand ? No ; this my hand will rather The multitudinous seas incarnadine, Making the green — one red. Macbeth, II, 2, Macbethsang (expressions) nom masculin (latin sanguis, -inis) Animal à sang chaud, synonyme ancien de homéotherme. Animal à sang froid, synonyme ancien de poïkilotherme. Apport de sang frais, arrivée d'éléments nouveaux, plus jeunes ; apport de capitaux. Familier. Avoir du sang dans les veines, n'avoir pas de sang dans les veines, avoir du sang de poulet, de navet, être, ne pas être énergique, audacieux. Avoir du sang sur les mains, avoir commis un meurtre. Familier. Avoir quelque chose dans le sang, y être porté instinctivement, en être passionné. Familier. Bon sang ! Bon sang de bon sang, bon sang de bonsoir, jurons. Coup de sang, hémorragie cérébrale ; violente émotion, violente colère. Donner, répandre son sang pour quelque chose, le lui sacrifier. Être en sang, baigner dans son sang ou, dans la langue populaire, pisser le sang, perdre beaucoup de sang, être tout ensanglanté. Examen des gaz du sang, mesure des taux d'oxygène et de gaz carbonique dans le sang artériel. Jusqu'au sang, jusqu'à entamer la chair. Familier. Mon sang n'a fait qu'un tour, j'ai été fortement et subitement bouleversé. Prince, princesse du sang, issus de la famille royale par les mâles. Se faire du mauvais sang, un sang d'encre, se ronger, se manger les sangs, se tourmenter extrêmement. Verser, répandre le sang, se rendre capable de carnage, de meurtre. ● sang (homonymes) nom masculin (latin sanguis, -inis) cent adjectif numéral cent nom masculin sans préposition s'en pronom sens forme conjuguée du verbe sentir sent forme conjuguée du verbe sentirsang (synonymes) nom masculin (latin sanguis, -inis) Littéraire. Race, famille, extraction
Synonymes :
- lignée
Animal à sang chaud
Synonymes :
- homéotherme
Animal à sang froid
Synonymes :
- poïkilotherme

sang
n. m.
d1./d PHYSIOL et cour. Liquide rouge, visqueux, qui circule dans tout l'organisme par un système de vaisseaux et y remplit de multiples fonctions essentielles (nutritive, respiratoire, excrétoire, immunisante, etc.). Sang artériel, veineux. Transfusion de sang.
d2./d Loc. cour. et Fam. Mordre, fouetter, pincer jusqu'au sang, au point de faire saigner.
Fig. Suer sang et eau: se donner beaucoup de peine.
d3./d Loc. fig. Avoir le sang chaud: être fougueux, ardent, prompt à la colère.
Fouetter le sang: stimuler, exciter.
Spectacle qui glace le sang, qui laisse interdit d'épouvante.
Se faire du mauvais sang, un sang d'encre: être dans l'inquiétude, dans l'angoisse.
Mon (ton, son) sang n'a fait qu'un tour: j'ai (tu as, il a) été saisi.
Il a ça dans le sang: c'est, pour lui, un instinct, une qualité innée.
|| Spécial. Verser, répandre, faire couler le sang: commettre une (des) action(s) meurtrière(s).
Laver un outrage dans le sang: se venger en tuant ou en blessant grièvement.
Mettre un pays à feu et à sang, y perpétrer toutes sortes de crimes.
(Afr. subsah.) Boire le sang: sceller le pacte du sang.
d4./d (Le sang, porteur des caractères héréditaires.) Race, famille. être du même sang. Liens du sang.
|| Droit du sang: fait, pour une personne, d'avoir la nationalité de ses parents. Ant. droit du sol (sens 1).
Encycl. Le sang, de couleur rouge chez l'homme et les vertébrés, diversement coloré chez les autres animaux, circule dans un système de vaisseaux et se distribue à tous les organes. (V. circulation.) L'homme en possède 4 à 5 l, soit 7 à 9 % du poids du corps. Le sang est composé de plasma et d' éléments figurés (en suspension dans le plasma).
rI./r Le plasma est la partie liquide du sang (env. 55 % du volume total). Il contient:
d1./d des éléments nutritifs: sels minéraux, protéines (albumine et globulines), lipides, glucose;
d2./d des substances issues du catabolisme: urée, acide urique;
d3./d la prothrombine et le fibrinogène;
d4./d des enzymes et des hormones.
rII./r Les éléments figurés se divisent en 3 grands groupes: les hématies, dites aussi érythrocytes ou globules rouges (4,5 à 5 millions par mm³ de sang); les leucocytes, ou globules blancs; les thrombocytes, ou plaquettes. Les leucocytes (5 000 à 8 000 par mm³ de sang) se répartissent en 2 grands groupes, suivant la forme de leur noyau: les mononucléaires et les polynucléaires. Les mononucléaires comprennent notam. les lymphocytes qui ont une importante fonction immunologique. Les thrombocytes, ou plaquettes (150 000 à 400 000 par mm³ de sang) sont des facteurs d'hémostase. La moelle osseuse produit la plupart des éléments sanguins. Les hématies de tout individu sont porteuses d'antigènes héréditaires: chaque individu a soit des antigènes A, soit des antigènes B, soit à la fois des antigènes A et B, soit aucun antigène. En outre, son plasma possède un anticorps (dit agglutinine) qui détruit les antigènes qu'il ne possède pas. Toutes ces données définissent le système ABO. Les hématies contiennent de nombr. antigènes autres que les antigènes A ou B, de sorte que des systèmes autres que le système ABO existent (V. rhésus). Les leucocytes et les plaquettes portent les mêmes facteurs de groupe que les hématies et, en outre, des antigènes tissulaires, déterminants pour le choix des donneurs de greffons dans le cas de greffes.

⇒SANG, subst. masc.
I. — [Le sang, liquide biologique]
A. — 1. Liquide organique rouge, cheminant par les artères et les veines dans les diverses parties du corps de l'homme et des animaux supérieurs et qui y entretient la vie. Œil injecté de sang. Après le repas de midi, le sang battait plus vite dans ses tempes (MILLE, Barnavaux, 1908, p. 302):
1. ... il dit comment il avait eu très chaud aux joues, comment il s'était blotti davantage contre la chair brûlante de la fille (...), comment (...) [sous la caresse] il avait senti tous ses nerfs se tendre, tout son corps vibrer, tout son sang lui bousculer le cœur...
ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 224.
2. Empl. adj.
a) Subst. + de sang. [P. oppos. à ce qui est esprit, en tant que caractéristique du corps, de la matière vivante] Des ombres familières semblent sortir des murailles pour se mêler, sous la lampe, aux êtres de chair et de sang (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 197).
Notamment dans des loc. De chair et de sang. Bien réel. Bizet, par le sortilège de sa musique, allait rendre à Carmen son vrai visage de fille passionnée, en faire la créature de sang et de volupté pour qui rien ne compte hormis son caprice, hormis le plaisir de soumettre l'orgueil du mâle en l'abaissant jusqu'au déshonneur et jusqu'au crime (DUMESNIL, Hist. théâtre lyr., 1953, p. 152).
b) Domaine de la coul.
) Subst. + de sang. Rouge vermeil. Ce rideau de pourpre, à travers lequel tremblote la lumière d'une lampe, répand sur les meurtriers un reflet de sang d'un effet terrible et lugubre [dans la Clytemnestre de Guérin] (GAUTIER, Guide Louvre, 1872, p. 16). Augmentez progressivement l'ardeur du foyer. Vous verrez s'élever des vapeurs (...). Les premières se condenseront (...); les secondes se sublimeront et garniront la voûte et la naissance du col de fins cristaux (...). Leur couleur, d'un rouge de sang magnifique, prend l'éclat des rubis quand (...) quelque vive lumière vient les frapper (FULCANELLI, Demeures philosophales, 1929, p. 138).
MINÉR. Pierre de sang. [N. comm. de l'hématite] L'hématite (...). Cet oxyde de fer est naturellement lourd (...); il est d'un beau noir brillant, mais son égrisée est rouge, d'où son nom commercial de « pierre de sang » (METTA, Pierres préc., 1960, p. 91). Sang de pigeon.
) En appos. Couleur sang de bœuf. V. bœuf B ex. de Goncourt. Rouge sang. Géomancie:Rubeus, Puer. Couleur: rouge sang. Gemmes: rubis, grenat, sanguine, escarboucle (Divin. 1964, p. 218).
) En compos., au fig. La prise de Jérusalem, d'après la Bible et l'histoire; avec la couleur rouge-sang qui en découle (ARTAUD, Théâtre et son double, 1938, p. 119).
3. P. anal.
ALCHIM. Sang des philosophes. Esprit minéral que les alchimistes supposaient être dans les métaux. (Dict. XIXe et XXe s.).
MÉD. VÉTÉR. Sang de rate (autrefois dans diverses régions, en Beauce notamment). Charbon des moutons. Ainsi le sang de rate, maladie spéciale à l'espèce ovine, transmise aux bêtes à cornes, devient chez celles-ci le charbon, chez l'homme elle donne la pustule maligne (TROUSSEAU, Hôtel-Dieu, 1895, p. 105).
4. P. métaph. [P. réf. notamment à]
a) [la couleur du sang qui participe de la symbolique gén. du rouge] Le sang des coquelicots; le sang du raisin, des muscats de la vigne, des mûres; figues pleines de sang. La rougeur du couchant Se fond dans le gris bleu des brumes qu'elle teinte D'incendie et de sang (VERLAINE, Poèmes saturn., 1866, p. 83). Il se mettait dans les yeux l'azur du saphir, le sang du rubis, l'orient de la perle, l'eau du diamant (GONCOURT, Man. Salomon, 1867, p. 429).
b) [l'aspect fluide du sang, son caractère essentiel à la vie] Le cocher lui indiqua triomphalement le Corso (...) était-ce donc là le cœur de la ville, la promenade célébrée, la voie vivante où affluait tout le sang de Rome? (ZOLA, Rome, 1896, p. 2). L'argent est, à notre époque, le sang de l'humanité; quelque mal qu'on en dise, il représente l'élément fondamental de la circulation du travail unissant en un même corps toutes les nations qui, grâce à lui, peuvent échanger leurs produits et transformer leurs biens (Divin. 1964, p. 205).
Au fig. La sensibilité, c'est le sang de l'âme, et, par ma blessure, ça s'en allait à torrents (BALZAC, Lettres Étr., t. 3, 1846, p. 180). Mais la maison entière en gardait le frisson [des sonneries des cloches de la cathédrale] scellée à ces vieilles pierres, fondue en elles, vivant de leur sang (ZOLA, Rêve, 1888, p. 20).
P. anal. Sève. Un hêtre vigoureux étreignait un chêne élancé (...) [le chêne] portait (...) les deux entailles (...) que les branches irrésistibles du hêtre avaient creusées dans son écorce. Soudés à jamais par ces blessures (...) ils poussaient ensemble, et dans les veines de l'arbre violé coulait (...) le sang de l'arbre vainqueur (MAUPASS., Notre cœur, 1890, p. 497).
Au fig. La force est la sève, le sang du rythme, elle suit la veine mélodique (...) répandant la vie, la chaleur, et produisant la beauté (MOCQUEREAU, Nombre mus. grégor., 1927, p. 403).
P. métaph. Lazare venait de saisir la main de Pauline, dans un geste d'abandon charmant (...). N'était-elle pas le bon ange, comme il la nommait, la passion toujours ouverte d'où il ferait couler le sang de son génie? (ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 892).
[P. réf. au sang, principe corporel, véhicule des passions] Enfin la décroissance commençait. Il était authentique dans Alençon que le sang tourmentait mademoiselle Cormon (BALZAC, Vieille fille, 1836, p. 314).
c) [à l'aspect vital et stimulant, notamment à propos d'un sang nouveau] Insuffler un sang nouveau. Offenbach, avec sa nature primesautière, son instinct merveilleux des ressources du théâtre, infusait à l'Opéra-Comique un sang nouveau (SAINT-SAËNS, Harm. et mélod., 1885, p. 219).
En partic. Sang(-)frais. Éléments nouveaux et notamment nouveaux capitaux. À cet apport en « oxygène » ou en « sang-frais » s'ajoutent d'ailleurs ceux de la technique d'Outre-Atlantique: il est difficile de nier qu'en matière de génie industriel alimentaire la plupart des grandes inventions nous viennent des États-Unis (L.-V. VASSEUR, J.-J. BIMBENET, M. HILLAIRET, Les Industr. de l'alim., 1966, p. 82).
5. Loc. Au sang, jusqu'au sang. Jusqu'à ce que le sang affleure. Mordre, pincer, se gratter jusqu'au sang. Il se rongeait les ongles jusqu'au sang, ce qui lui gâtait les mains (FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 400):
2. Il y eut un temps où les enfants étaient fouettés au sang. L'enfance de Gorki retardait seulement d'un siècle sur la nôtre. Locke que les pédagogues lisent encore, je ne sais pourquoi, ne connaît d'autre moyen que le fouet pour corriger l'enfant menteur.
ALAIN, Propos, 1921, p. 312.
En sang. Couvert de sang. Bloch fut arrêté, jeté dans une cellule du sinistre fort Montluc, battu, torturé par des brutes. On le vit dans les locaux de la Gestapo, le visage en sang (L. FEBVRE, M. Bloch et Strasbourg, [1947] ds Combats, 1953, p. 407).
6. BIOL., MÉD.
a) Liquide rouge des vertébrés (blanc ou diversement coloré chez les autres animaux), visqueux, d'une odeur fade, légèrement salé, constitué d'une partie liquide (le plasma) et d'éléments figurés (les globules, les plaquettes) et qui, propulsé par le cœur dans un système fermé de vaisseaux (appareil circulatoire), remplit de multiples fonctions essentielles à l'organisme (notamment la fonction nutritive, respiratoire, excrétoire, immunisante). La moelle osseuse (...) semble posséder les mêmes fonctions hématopoïétiques — fabrication des globules rouges du sang — que la rate et les ganglions lymphatiques (G. GÉRARD, Anat. hum., 1912, p. 7). [Ludwig] a étudié (...) les gaz du sang au cours du travail musculaire (...), la pression du sang dans les capillaires (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 477).
b) Sang artériel/sang veineux
Sang artériel. Sang circulant dans les artères, enrichi par l'oxygène dû à la respiration et qui est d'un rouge vif. [Le foie] reçoit d'une part du sang artériel par l'artère hépatique et d'autre part la quasi-totalité du sang veineux provenant du tube digestif par la veine porte (QUILLET Méd. 1965, p. 128).
Sang veineux. Sang que les veines ramènent au cœur et qui est d'un rouge foncé. Il n'est nullement exact que le sang veineux soit radicalement impropre à entretenir la vie (CADET DE GASSICOURT, Mal. enf., t. 2, 1882, p. 26).
c) Sang laqué.
d) Coup de sang. Congestion. Mourir d'un coup de sang. De ces lettres disparues, brûlées, des phrases entières retenues par cœur hantaient la mémoire de l'amoureux, lui montaient au visage en coups de sang (A. DAUDET, Sapho, 1884, p. 83).
e) ZOOL., vieilli
(Animaux) à sang chaud. Synon. mod. homéotherme. Abats. Les animaux à sang chaud fournissent des parties accessoires d'une valeur alimentaire variable (MACAIGNE, Précis hyg., 1911, p. 217).
(Animaux) à sang froid. Synon. mod. poïkilotherme (s.v. pœcilo-). Pendant les époques sèches ils [les escargots] se retirent dans les fossés (...). Sans doute y voisinent-ils avec d'autres sortes de bêtes à sang froid, crapauds, grenouilles (PONGE, Parti pris, 1942, p. 30).
SYNT. Sang épais et noir (ou noirâtre); sang rapide (et riche); sang vif (et vermeil); sang pauvre ou appauvri; sang extravasé; faire une prise de sang; tirer (à qqn) une palette de sang; caillot de sang; sang coagulé; types de sang (groupes sanguins); purifier, rafraîchir le sang; circulation du sang; régulation du sang; teneur du sang en (eau, glucides, protides, sels); taux du sucre dans le sang; sérum, fibrine, plaquettes du sang; (remède) qui arrête le sang (synon. hémostatique); coagulation du sang; hémoglobine du sang; la masse du sang; tension du sang dans les vaisseaux; transfusion du sang; poison, altération, maladies du sang; don, banque du sang; prise de sang; donneurs de sang bénévoles; sang frais, rouge, vivant; sang séché; sang hémorroïdal; sang menstruel; cracher du/le sang (à pleine bouche); rendre le sang par la bouche; pisser le sang; vomissement de sang.
7. ART CULIN. [En parlant d'une viande] Faire du sang (Ac. 1878). Canard au sang. Caneton nantais de six à huit semaines que l'on rôtit une vingtaine de minutes et dont les cuisses découpées et les filets levés et coupés en fines tranches sont ensuite mêlés à une préparation faite à partir du sang de la carcasse pressée sous une presse spéciale, auquel sont ajoutés un consommé (préparé à partir d'une autre carcasse), un verre de porto, un autre de cognac et du foie haché cru (d'apr. LA REYNIÈRE, Le Canard de la Tour [d'argent à Paris] ds Le Monde, 21 juill. 1990, p. 13). De cette dernière espèce est aussi le canard de Rouen, mort étouffé, plus connu sous le nom de canard au sang sur les cartes (LA REYNIÈRE, Le Canard de la Tour [d'argent à Paris] ds Le Monde, 21 juill. 1990, p. 13).
8. Dans le domaine alim. ou agro-alim. (notamment dans la fabrication du boudin, d'engrais). Sang cuit, desséché, pulvérisé; farine de sang:
3. Ce soir là (...) Quenu (...) dut s'occuper du boudin (...). — Passez-moi le sang! cria Quenu (...). Auguste apporta les deux brocs. Et, lentement, il versa le sang dans la marmite, par minces filets rouges, tandis que Quenu le recevait, en tournant furieusement la bouillie qui s'épaississait.
ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 689.
9. PÊCHE. Pêche au sang. L'emploi du sang semble réservé à la capture des Chevaines, mais certaines autres espèces n'en font pas fi, notamment les Gardons, les Rotengles, les Brèmes et même les Anguilles. (...) la pêche du Chevaine au sang demande de rôder (POLLET 1970).
10. Au fig. ou p. métaph.
a) Avoir un/le sang chaud. Être ardent ou irascible. Ce Laroche, le vieil ouvrier délinquant, ne valait absolument rien; il n'avait pas, comme Tonsard, un sang chaud et vicieux, il était animé d'une haine sourde et froide, il travaillait en silence, il gardait un air farouche (BALZAC, Paysans, 1850, p. 339). Avoir un/le sang froid. Être glacial, indifférent. La Môle: Patience, mon cher compagnon! (...) Cocomas: Mordi! comme vous avez le sang froid (DUMAS père, Reine Margot, 1847, I, 1er tabl., 2, p. 6).
b) Être piqué au sang. Être piqué au vif. Elle s'arrêta enfin à une lettre anonyme (...). Si Ragu n'était pas, d'un coup, piqué au sang, exaspéré jusqu'à la démence, frapperait-il jamais? (ZOLA, Travail, t. 2, 1901, p. 28).
c) Faire bouillir le sang à qqn. Émouvoir. Je n'avais rien en tête, tu sais. C'était une escapade de collégien. La guerre du Farghestan ne me fait pas bouillir le sang, je t'avoue (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 67). Avoir le sang qui bout, bouillonne (ou pétille dans ses veines); son sang n'a fait qu'un tour. S'enflammer. Ce garçon est vierge et a atteint l'âge où le sang bouillonne (HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 95):
4. ... le lion baissa la tête et, prenant dans sa gueule une sébile en bois posée devant lui sur le trottoir, il la tendit humblement du côté de Tartarin immobile de stupeur (...). Alors Tartarin comprit tout (...). Le sang du Tarasconnais ne fit qu'un tour: « Misérables », cria-t-il d'une voix de tonnerre, « ravaler ainsi ces nobles bêtes! » Et, s'élançant sur le lion, il lui arracha l'immonde sébile d'entre ses royales mâchoires...
A. DAUDET, Tartarin de T., 1872, p. 112.
d) Glacer le sang à; (son) sang (qui) se glace (dans ses veines); sang qui se glace d'effroi. Causer de l'effroi, ressentir de l'effroi. Le seul mot de république aurait suffi pour égarer sa raison, pour glacer son sang dans ses veines. La république n'avait jamais représenté pour lui que l'incendie, le meurtre et le pillage (SANDEAU, Sacs, 1851, p. 45). L'étudiant retournait dans sa tête des idées contradictoires, auxquelles il était facile de répondre. Mais soudain, son sang se glaça (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 374).
e) Avoir du sang dans les veines/ne pas avoir de sang dans les veines ou, fam., avoir du sang de poulet, de navet. Être/ne pas être énergique ou courageux. Mme Renard répétait: « T'es pas un homme, t'es pas un homme. T'as du sang de poulet dans les veines » (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Trou, 1886, p. 580). V. navet B 1 a ex. de Montherlant.
f) ) Fam. Se faire du bon sang; se payer une pinte de bon sang. S'en donner à cœur joie, s'amuser. [Le gamin] siffla, il eut un de ses rires aigus de vaurien échappé de l'école, qui se faisait du bon sang (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 283). Chaque matin je me fais une pinte de bon sang à la lecture de ces fariboles et prévisions [des affiches électorales], que les événements démentent avec une remarquable régularité (L. DAUDET, Brév. journ., 1936, p. 229).
) Se faire du mauvais sang; se faire un sang d'encre. Se faire du souci, se tourmenter. M. de Charlus, se rappelant qu'il était de race plus pure que la Maison de France, se disait qu'il était bien bon de se faire tant de mauvais sang pour le fils d'un maître d'hôtel (PROUST, Sodome, 1922, p. 1067).
) Au plur. ds des loc., pop., vieilli
Se faire des sangs; se manger, se ronger le/les sang(s); se rouiller les sangs (rare). S'inquiéter terriblement. Elle dépérissait de chagrin; son mari aussi vieillissait, « se mangeait les sangs », disait-on, se consumait en espoirs inutiles (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Hist. fille de ferme, 1881, p. 41). Demain, ils vont m'enlever l'eau!... Monsieur est en bombe!... Moi, je me rouille les sangs!... Ce sale raté! (...) avec ce détraqué depuis trente-cinq ans bientôt, je ne sais même pas ce qu'il va faire d'une minute à l'autre (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 489). Je m'en doute, que Monsieur se fait des sangs, et je le comprends (L. DAUDET, Phryné, 1937, p. 135).
Faire tourner/retourner les sangs (à qqn); se tourner les sangs ou en avoir les sangs tournés (rare). Ah! madame, dit mademoiselle Joséphine (...) j'en ai les sangs tournés! (MÉRIMÉE, A. Guillot, 1847, p. 91). Gervaise se tournait les sangs: ce n'était pas l'occupation d'un homme, de faire du café (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 470). Elle a vu dans la rue Vivienne un cheval emballé! Elle est revenue décomposée! Ça lui a retourné tous les sangs!... Jamais je l'avais vue si nerveuse! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 383).
B. — En partic.
1. a) [À propos du sang versé, du sang tel qu'il peut s'écouler pour des raisons pathol., traumatiques ou seulement physiol.] Émission, grande perte de sang; (être) couvert, fumant de sang; altéré, avide de sang; bain, effusion de sang; nager dans son sang; filet, jet de sang tiède; écraser, noyer (une insurrection, une révolte) dans le sang; inonder un pays, une ville de sang; inonder la terre d'un sang innocent, du sang des martyrs; répandre à flots le sang humain; le sang coule d'une plaie; le sang jaillit, ruisselle; fleuve, flot, ruisseaux de sang; flaque, mare, mer(s) de sang; la terre étant toute abreuvée, baignée, trempée de sang; abhorrer le sang. Dans une chambre tiède (...) Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve, Sur l'oreiller désaltéré Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve Avec l'avidité d'un pré (BAUDEL., Fl. du Mal, 1857, p. 197). La peur de verser le sang n'est pas le respect de la vie d'autrui. Cette horreur du sang répandu est aujourd'hui généralisée chez les hommes (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 136).
b) Spécialement
) RELIG. CHRÉT. Le Sang Sacré, le Sang Précieux. Le sang de Jésus-Christ qu'il a répandu (à la flagellation, au couronnement d'épines, à la crucifixion) pour le rachat des hommes. Contre ces Manichéens, le pape Gélase écrivait (...): « Nous avons découvert que quelques-uns prennent seulement le saint corps et s'affranchissent du sang sacré. Il faut que ceux-là reçoivent les deux parties ou soient privés des deux (...). » (BOEGNER ds Foi et vie, 1936, p. 124). Je m'attendais à communier de sa main, et seulement sous l'espèce du pain, mais il avait laissé du Précieux Sang dans le calice et me le désigna (BILLY, Introïbo, 1939, p. 153).
P. ext. Le ,,sang de Jésus-Christ, dans le calice, après la « conversion » du vin`` (MARCEL 1938). Synon. le vin eucharistique.
La Chair et le Sang (de Jésus-Christ). Le Chapelain: Je n'aurais jamais cru que Rubens fût un prédicateur de l'Évangile. Le Vice-roi: Et qui donc mieux que Rubens a glorifié la Chair et le Sang; cette chair et ce sang mêmes qu'un Dieu a désiré revêtir et qui sont l'instrument de notre rédemption? (CLAUDEL, Soulier, 1929, 2e journée, 5, p. 735).
) VÉN. Faire sang. ,,En parlant de l'animal blessé, semer des taches de sang sur sa voie de fuite`` (BURN. 1970).
Chien de sang. Chien spécialisé dans la recherche du grand gibier blessé. Synon. chien de rouge. Le chien de rouge ou de sang ne doit pas être confondu avec le chien de rapport ou retriever, car sa tâche est de retrouver et il lui serait impossible même de traîner un grand animal (DUCHARTRE 1973, s.v. rouge).
2. Locutions
a) Avec valeur d'adj. Subst. + de sang
[Le subst. désigne un individu] Qui ne répugne pas à répandre le sang, sanguinaire. On s'est attaché particulièrement à prouver que le Tribunal Révolutionnaire était un tribunal de sang, créé par moi seul... Ce cri retentissait dans toutes les prisons (ROBESP., Discours, 1794 ds Rec. textes hist., p. 86):
5. Le curé ne s'était nullement refusé à recevoir (...) des soldats prussiens (...) mais il ne fallait pas lui demander un seul tintement de sa cloche (...). C'était sa manière à lui de protester contre l'invasion (...) la seule (...) qui convînt au prêtre, homme de douceur et non de sang.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Mlle Fifi, 1881, p. 159.
[Le subst. désigne l'acte à l'orig. de l'effusion de sang] Crime de sang. Synon. de assassinat, homicide, meurtre. À côté de l'homicide et de ses variétés, englobés dans l'appellation générale de « crimes de sang » (...), la création de la propriété individuelle a déterminé l'apparition d'une autre catégorie délictuelle, les crimes contre les biens (Traité sociol., 1968, p. 214).
P. métaph. Tandis que les cuivres de l'orchestre crachent des notes de sang et de carnage, les ténors et les basses hurlent, au-dessus des lignes, le bonheur barbare des tueries héroïques (BRUNEAU, Mus. Russie, 1903, p. 185).
Au fig. Écrire, graver (qqc.) en lettres de sang. V. lettre I A 2.
[P. réf. à certains rites de fraternité de sang] Les hommes qui ont accompli les rites de la fraternité de sang ont acquis les mêmes droits que leurs nouveaux frères sur les épouses de ceux-ci: l'échange des femmes paraît comme un sceau supplémentaire au pacte qu'a déjà scellé l'échange du sang (CUISINIER, Danse sacrée, 1951, p. 32).
Vieilli. [À propos d'un duel] Duel au dernier sang. Duel à mort. P. oppos. Duel au premier sang. Duel avec arrêt à la première blessure de l'un des adversaires. (Dict. XIXe s.).
b) Loc. verb.
Le sang a coulé, a été répandu. Il y a eu des morts et/ou des blessés. Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots Avec le nouveau-né... Avec l'enfant nouveau... La mère qui crie... L'enfant pleure... Le sang coule... La terre tourne La terre n'arrête pas de tourner Le sang n'arrête pas de couler Où s'en va-t-il tout ce sang répandu (PRÉVERT, Paroles, 1946, p. 120). La plupart des journaux (...), des placards invectivaient contre les lois de messidor. (...) on en vint aux mains. Dans plusieurs villes, à Rouen, Amiens, Caen, des conflits semblables troublèrent l'ordre; à Bordeaux, le sang coula (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963, p. 543).
[À propos du sang sacrificiel] Demander à Dieu d'agréer le sang. Le fait du sacrifice de quelqu'un ou de quelque chose pour le bénéfice du croyant (Christ, bouc émissaire) est une idée absolument étrangère à l'islâm (...); de même celle en vertu de laquelle il pourrait être agréable à Dieu d'agréer le sang, la fumée, l'odeur du sacrifice (G.-H. BOUSQUET, Prat. rit. Islâm, 1949, p. 115).
c) Au fig. ou p. métaph.
Le cri du sang (de la victime, qui réclame vengeance). Le cri du sang a pour toujours séparé ces deux hommes [le juge et le frère du condamné] (CHATEAUBR., Mél. pol., t. 1, 1814, p. 101).
Le prix du sang d'un soldat. Le prix de sa vie. C'est pourtant ce système entier [de l'équilibre européen] (...) que tous les maîtres de notre jeunesse nous avaient appris à considérer avec respect comme (...) le prix du sang de nos soldats, c'est tout cela (...) qui a été mis (...) à l'écart et à l'index par les théoriciens du droit nouveau (A. DE BROGLIE, Diplom. et dr. nouv., 1868, p. 238).
Arg. des soldats. Le sang des autres. ,,La Décoration de la Légion d'honneur ou de la Croix de guerre, quand elle est attrapée par faveur ou atteinte à l'ancienneté`` (ESN. Poilu 1919, p. 480).
Loc. verb.
Avoir les mains pleines de sang. Être coupable ou responsable de meurtre, d'assassinat. Les habitants de Juda étaient des enfants rebelles; ils étaient couverts de crimes. Non seulement Jahvé les en punit; mais il rejette encore leur culte purement extérieur, parce que leurs mains sont pleines de sang (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 990).
Boire, sucer le sang (à qqn). (L')affaiblir, (l')épuiser dangereusement. [La Bohémienne à sa bru:] Mon Tiarko malade, c'est à cause de toi, qui lui buvais le sang (...) tu l'empêchais de dormir (RICHEPIN, Miarka, 1883, p. 32). Buveurs de sang (d'un peuple). Exploiteurs féroces, forcenés. Les Thermidoriens pourchassèrent les Jacobins et disloquèrent le gouvernement révolutionnaire; sous le couvert de la réaction contre les « buveurs de sang » et de la Terreur blanche (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963, p. 433).
Donner, verser son sang pour la patrie, pour défendre quelqu'un; verser (pour qqn) la dernière goutte de son sang. Donner sa vie pour. Je verserois mon sang pour le défendre; mais celui des chrétiens m'est trop cher pour rendre la liberté au vainqueur de Jérusalem (COTTIN, Mathilde, t. 2, 1805, p. 297). Nous sommes prêts à verser pour vous la dernière goutte de notre sang (CHATEAUBR., Mém. , t. 2, 1817, p. 308).
S'emparer (de qqc.) par le sang. S'emparer (de quelque chose) par la force des armes, en faisant couler le sang. Après avoir anéanti ceux qui, comme Carthage, avaient essayé de lui tenir tête; après s'être emparé, par le sang et la terreur, de l'Espagne et de la Gaule, le colosse [l'empire romain] exploitait méthodiquement son butin (P. ROUSSEAU, Hist. transp., 1961, p. 46).
Mettre à feu et à sang. Saccager en brûlant et en massacrant. Le pays, qui avait été mis à feu et à sang, n'eut à donner, en échange des marchandises qu'on lui apportait, ni son coton, ni son indigo (L. BLANC, Organ. trav., 1845, p. 74). Vous n'allez tout de même pas mettre Paris à feu et à sang? (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 194).
Payer de son sang. Payer de sa vie; p. ext., payer très cher. Depuis qu'Anna est là, mes oiseaux sont plus heureux, et moi, je suis plus calme. Elle vous montrera les bêtes qu'elle sauve et je vous apprendrai la vérité. J'ai payé de mon sang pour la connaître (PEYRÉ, Matterhorn, 1939, p. 147).
Suer sang et eau (fam.).
[Notamment en assoc. avec chair] Substance, réalité concrète. Ce que les illettrés de la musique appellent non sans mépris, « des accompagnements », ou ironiquement « de la science », c'est la chair et le sang de l'art musical, c'est sa substance tout simplement (SAINT-SAËNS, Harm. et mélod., 1885, p. 272). La cohésion de l'interprétation lui vaut aussi son unité dramatique, par son rythme, qui est le faisceau de tous les rythmes individuels, par sa note dominante: passion, folie, horreur ou allégresse. L'œuvre prend vie du sang de tous (SERRIÈRE, T.N.P., 1959, p. 156).
3. HIST. DE LA RELIG. CATH. Baptême du sang. Le martyre souffert sans avoir reçu le baptême. Le baptême du sang suffit pour acquérir la gloire éternelle (Ac. 1878).
Au fig. Mes tendresses (...), si j'en ai jamais eues de véritables, puisaient une force nouvelle dans ces tortures de toutes les minutes. Il faut peut-être que l'amour soit comme les religions viables et qu'il ait son baptême de sang (DU CAMP, Mém. suic., 1853, p. 299).
4. [Dans des jurons]
Vieilli. (Par le) sang de Dieu! (Par le) sang du Christ! Synon. p. euphém. palsambleu. « Qui est-ce là? » répéta le Suisse d'une voix tremblante, son arquebuse couchée en joue (...). « Ohé! ohé! l'ami, gardez-vous bien de bouter le feu à votre escopette. Là, là! sang de Dieu! Vous ne respirez que morts et carnage! » s'écria le nain (BERTRAND, Gaspard, 1841, p. 146). Ulric: Sang du Christ! laisse-moi passer, Mansfeld! Mansfeld: Non! (Il tire son épée). Ulric: Ah! c'est ainsi! Ah! tu le veux! (FEUILLET, Scènes et prov., 1851, p. 226).
En compos. Sang-dieu! Il faudrait un dithyrambe Pour célébrer tes appas. Car, sang-dieu! ton bas de jambe Ne ment pas (RICHEPIN, Caresses, 1877, p. 103).
Bon sang! bon sang de bon sang! bon sang de + subst. Bon sang de bon sort, quelle course! râla Croquebol époumonné (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e part., 8, p. 190). Ah! Cette bon sang de guerre, les Boches seront les seuls à s'en relever vite (PROUST, Temps retr., 1922, p. 844).
Au plur., rare, vieilli. [Le chemineau:] Tout ça ne compte pas, peut-être? Mais, bons sangs! Tu m'en offrirais pour des mille sur des cents (...) Que je ne voudrais pas troquer! (RICHEPIN, Chemineau, 1897, IV, 5, p. 118).
5. P. méton. Violence. S'agissant de la Tunisie, l'orateur voudrait que M. Edgar Faure dît (...) s'il ne reconnaît pas que la violence et le sang ont toujours été le prix de la faiblesse (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 5, col. 5):
6. Ces feuilles, auxquelles on a donné le nom de « canards », qui comportent à la fois un texte et une gravure (...), sont les lointaines aïeules de l'illustré (...). Elles sont consacrées aux événements militaires, aux massacres, aux faits singuliers (...). C'est déjà dans le domaine graphique la recherche du sensationnel, le goût trop humain du sang et du mystère.
Civilis. écr., 1939, p. 34-9.
Sang à la une. ,,Fait divers violent qui figure habituellement en page une des journaux à grand tirage pour en favoriser la vente`` (CFPJ Presse 1982).
P. méton. ,,Exploitation systématique des informations ayant trait aux crimes et catastrophes`` (CFPJ Presse 1982).
II. — [Le sang traditionnellement considéré comme le vecteur des caractères héréditaires et raciaux]
A. — 1. [À propos de l'hérédité de caractères biol., mor.] Celui-là, incontestablement, par un lignage quelconque, a reçu du sang infusé dans ses veines les vertus supérieures, les mérites sacrés que l'on voit exister en lui, que le monde ambiant ne lui a pas communiqués (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 20). La seconde partie a plus d'élan (...) le sang italien y coule et l'anime (P. LALO, Mus., 1899, p. 387).
Loc. Avoir (qqc.) dans le sang. L'avoir par nature, de naissance. Avoir le métier dans le sang. Les Espagnols ont les courses dans le sang et les leur interdire serait « grande violence » (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 514).
Il a ça dans le sang. C'est inné, c'est d'instinct. Il avait ça dans le sang, disait-il, ça le démangeait d'en descendre quelques-uns, depuis les récits de 1814, dont on avait bercé son enfance, là-bas en Alsace (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 217).
Pop. Avoir (qqn) dans le sang. L'aimer follement. Synon. avoir (qqn) dans la peau (v. peau A 2 a ). [Berthe:] On sait ce que c'est que d'avoir un homme dans le sang (L. DAUDET, Ariane, 1936, p. 151).
2. a) Extraction, souche, lignée, famille. Être lié par le sang; être du même sang; être d'un sang illustre; être de sang auvergnat, breton; d'un sang breton, méditerranéen, du vieux sang florentin; avoir du sang irlandais, portugais. Ah! monsieur et cher père, est-ce bien vous? (...) Et vous m'apportez les papiers à l'aide desquels il me sera possible de constater le sang dont je sors? (DUMAS père, Villefort, 1851, I, 2e tabl., 10, p. 159):
7. Si nous avons, nous modernes, une sensibilité si fine et une « nervosité » dont nous sommes fiers (...), c'est peut-être que les hommes du moyen âge, dont nous sommes le sang, ont eu des passions autrement violentes, ce semble, des douleurs, des aspirations, des épouvantes intimes autrement variées que les Grecs anciens.
LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 159.
Tenir qqc. du sang paternel/maternel. Mlle Judici tenait du sang paternel cette peau jaunâtre au jour, qui, le soir, aux lumières, devient d'une blancheur éclatante (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 406).
Le sang de/des. Les Français n'ont-ils pas essayé assez longtemps le sang des Capets? Ils savent par une expérience de huit siècles que ce sang est doux; pourquoi changer? (J. DE MAISTRE, Consid. sur Fr., 1796, p. 101).
Frère, sœur de sang. Du même sang, issu(e) des mêmes parents. À une certaine distance [du tombeau] elles [les femmes qui célèbrent le rite de clôture du deuil] rencontrent un frère de sang de la morte qu'accompagnent quelques-uns de ses frères tribaux (DURKHEIM, Formes élém. vie relig., 1912, p. 564).
b) Les liens du sang, le sang. Liens de parenté, attachement entre les membres d'une même famille. Le sang est plus fort que les décrets de la politique et que les commandements de la religion (BARRÈS, Amit. fr., 1903, p. 208). Ce fut une théorie chère aux encyclopédistes que celle de l'indifférence aux origines des individus; pour eux les liens du sang étaient des puérilités, le milieu social ne comptait pas, seul valait l'homme (L'Hist. et ses méth., 1961, p. 725).
P. métaph. (La) voix du sang. Sentiment d'affection instinctive liant les membres d'une même famille. Les voix des générations disparues se répondaient en lui, mêlées aux échos du terroir, ces voix du sang qui ne se taisent plus, une fois éveillées (PESQUIDOUX, Livre raison, 1928, p. 182).
(Avoir du) sang bleu. (Être d')origine aristocratique. V. bleu I B 1.
Droit du sang. Droit que la naissance donne. Il parvint à la couronne par le droit du sang (Ac. 1935).
Prince, princesse du sang. Prince, princesse issu(e) de la famille royale par les mâles. [Les notables] le déçurent et, le 12 décembre, les princes du sang remirent à Louis XVI une supplique qui, par sa clarté et son accent pathétique, peut être considérée comme le manifeste de l'aristocratie (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963, p. 122).
Proverbe. Beau/bon sang ne peut/ne saurait mentir. Les qualités (ainsi que les défauts) des parents se retrouvent chez les enfants. Bon sang ne peut mentir, après tout. Le papa vend de la mauvaise bière, et la fille... On vend ce qu'on a (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 88).
B. — [À propos de l'hérédité de caractères phys., notamment raciaux]
1. Race d'hommes. Antagonisme de deux sangs. Le nez, droit quand le sang est pur, s'élargit vers la base, quand il n'y a qu'un faible mélange de sang nègre (FROMENTIN, Été Sahara, 1857, p. 160).
2. En partic.
a) Mêler les sangs. Croiser des races. Mélange des sangs. Pour la première fois les anarchistes avaient voté, afin d'obtenir la libération des prisonniers des Asturies. C'étaient des sangs asturiens mêlés que montaient l'unité de Barcelone et l'espoir qu'avait Puig de voir se maintenir cette oriflamme rouge et noire enfin déployée, et qui jusqu'alors n'avait été qu'un drapeau secret (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 451).
Loc. adj. ou subst. Subst. + au/de sang mêlé. Des femmes qui ne sont plus les Allemandes de Berlin, mais des femmes au sang mêlé, des femmes sensuelles (...); des femmes brunes, des métisses de Russes, de Hongroises, de Croates et de Bohêmes (GONCOURT, Journal, 1860, p. 816).
Empl. subst. Un/une sang-mêlé.
b) [À propos des animaux, notamment des chevaux] Cheval de sang/de pur sang. Cheval de race. [Montluc] avoue ses opiniâtretés, ses colères, qui sentent le cheval de sang et de race (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 11, 1854, p. 64).
Cheval demi-sang, pur-sang, p. ell. demi-sang, pur-sang.
P. anal. [En parlant d'une pers.] Authentique, véritable. Je dis à mon compagnon, M. Martini, un méridional pur sang: « Voilà, certes, un des plus rares spectacles qu'il m'ait été donné d'admirer (...) » (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Mme Parisse, 1886, p. 729).
REM. Sanguette, subst. fém., art culin. Mets préparé avec du sang de volaille, mêlé d'ail, de persil et de petits lardons, et poêlé. Le goût de la sanguette est, à peu de choses près, celui du boudin (Ac. Gastr. 1962).
Prononc. et Orth.:[]. Homon. sans, cent et formes de sentir. Pas de liaison sauf parfois dans La Marseillaise: sang impur [] et dans suer sang et eau []. V. joug. Étymol. et Hist. A. 1. a) Fin Xe s. « liquide rouge qui, circulant par les artères et les veines, entretient la vie » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 386); 1520 sang arterial, sang veynal (JEAN FALCON, Notables sur le Guidon, f ° 71 ds SIGURS, p. 299); spéc. ) 1781 zool. animaux à sang chaud, à sang rouge, à sang froid, à sang blanc (VALMONT DE BOMARE, I, 272 d'apr. FEW t. 11, p. 170a); ) 1740 cuis. lièvres au sang, pigeons au sang (Ac.); b) ca 1050 relig. chrét. sanc precïus en parlant du sang que Jésus Christ a répandu pour la rédemption des hommes (Alexis, éd. Chr. Storey, p. 67); 2. ca 1100 « le sang évoquant la mort violente » (Roland, éd. J. Bédier, 2872); 1re moit. XIIe s. humes de sancs (Psautier d'Oxford, éd. Fr. Michel, 58, 2); id. mains laver en sanc del pecchedur (ibid., 57, 10); 1574 se baigner dans le sang (GARNIER, Cornelie, III, 817 ds M. WIEDEMANN, Le Thème du sang dans les tragédies de Corneille et de Racine, p. 34); 1625 tremper ses mains dans le sang (HARDY, Mariamme, II, 1, 343, 344, ibid.); 1636 mettre en sang (TRISTAN, Mariane, V, 2, 1622, ibid.); 1694 se battre au premier sang (Ac.); 3. a) ca 1165 en parlant de divers états de l'âme qui semblent correspondre à divers états du sang (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, éd. L. Constans, 8853: Mout fut iriez Polidamas E sanc mua e la color); 1176 (CHRÉTIEN DE TROYES, Cligès, éd. A. Micha, 4964: Li sans au la face li monte); 1574 le sang gèle à qqn dans les veines (GARNIER, op. cit., II, 403 ds M. WIEDEMANN, loc. cit.); 1583 le sang de qqn se glace dans les veines (ID., Les Juifves, IV, 1351, ibid.); 1624 le sang bout a qqn dans les veines (HARDY, Didon, II, 3, 502, ibid.); 1673 rafraîchir le sang (MOLIÈRE, Malade imaginaire, I, 1); 1685, 15 août échauffer le sang (Mme DE SÉVIGNÉ, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 3, p. 232); 1718 cela fait faire du mauvais sang (Ac.); b) ) 1346 « ardeur, énergie de tempérament » a sang rassis (Miracles de Nostre Dame, éd. G. Paris et U. Robert, I, 366); 1538 estre de sang rassis (EST., s.v. sanus); 1456-67 ravoir son sang (Les Cent Nouvelles nouvelles, II, 135, éd. F. P. Sweetser, p. 35); 1554 avoir du sang aux ongles « être brave » (THEVET, Cosmogr., IX, 17 ds HUG.); 1798 n'avoir pas de sang dans les veines (Ac.); ) 1608 un sanc bouillant « un homme vif, impétueux » (PALMA CAYET, Chron. nov., p. 673 ds GDF. Compl.); 4. 1600 « le sang considéré comme le bien le plus précieux » (FAUCHET, De l'origine des dignitez de France, II, p. 59 ds LA CURNE); 1588 suer sang et eau (OLLENIX DU MONT-SACRÉ, Sec. liv. des berg. de Julliette, f ° 419 r ° ds GDF. Compl., s.v. suer); 1647 donner son sang pour qqn (CORNEILLE, Rodogune, II, 4, vers 702); 1690 payer de son sang (FUR.). B. 1. Fin XIIe-déb. XIIIe s. « famille » (Le Chastoiement d'un père à son fils, éd. A. Hilka et W. Söderhjelm, p. 160); 1368 estre du sang de (Ord., V, 113 ds GDF. Compl.); 1360-70 boins sans ne poet falir (Baudoin de Sebourc, IX, 441, ibid.); 1577 le vray sang qui ne peut mentir (BELLEAU, La Reconnue ds Anc. théâtre fr., t. 4, p. 433); 2. 1625 « le sang; les sentiments d'affection entre les membres d'une même famille » (HARDY, La Force du sang); 1677 liens du sang (RACINE, Phèdre, IV, 1); 1715 la voix du sang (LESAGE, Gil Blas, X, 2); 3. 1718 en parlant de races d'hommes (Ac.). Du lat. sanguem (ca 200, CIL 6, 2104, 22 d'apr. FEW t. 11, p. 178a), acc. d'une forme parisyllabique issue du lat. class. sanguis, sanguinis « sang qui coule », « sang en tant que constituant la parenté ou la descendance », « sang en tant que symbole de la force ». Fréq. abs. littér.:15 407. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 22 759, b) 24 744; XXe s.: a) 25 204, b) 17 685. Bbg. GODINEAU (D.). Buveur de sang, sang, sanguinaire (an III). Dict. des usages socio-politiques (1770-1815). 1. Paris, 1985, pp. 39-53. — KRISTOL (A. M.). Color. Berne, 1978, p. 209. — Mon sang n'a fait qu'un tour. Fr. mod. 1943, t. 11, pp. 139-145. — QUEM. DDL t. 2, 10, 12, 13, 16, 19, 25, 28, 31, 32. — SACRÉ (J.). Un Sang maniériste. Neuchâtel, 1977, 183 p. — Sangs. Prés. par M. Milner. Romantisme. 1981, n ° 31, pp. 5-245.

sang [sɑ̃] n. m.
ÉTYM. Xe; du lat. sanguen, forme neutre fréquente à côté de sanguis.
1 Liquide visqueux, de couleur rouge, d'odeur fade (cit. 3), à saveur légèrement salée, constitué par des éléments figurés (globules rouges, globules blancs ou leucocytes, globulins, plaquettes) en suspension dans le plasma, et qui circule par la voie des vaisseaux ( Artère, veine) à travers tout l'organisme, où il joue des rôles essentiels et multiples (nutritif, respiratoire, dépurateur, régulateur, de défense, etc.). Circulation (cit. 3), cœur (cit. 4), cruor; et aussi les comp. de héma-, hémat(o)-, hémo-, et de -émie. || Sang artériel, veineux. || Sang total (artériel et veineux). || Volume total du sang. Volémie. || Tension du sang dans les vaisseaux. || Teneur du sang en eau, sels, protides, glucides, lipides ( Lipémie). || L'hémoglobine du sang. || C'est par osmose (cit. 1) que l'oxygène pénètre dans le sang. || Types de sang. Groupe (sanguin), rhésus (facteur). || Régulation du sang. Foie (cit. 1), poumon, rein (cit. 4). || Coagulation du sang. || Sang hépariné (additionné d'héparine afin d'empêcher sa coagulation).(1900). || Sang laqué, ayant subi l'hémolyse.Prise de sang; analyse de sang. Hémogramme. || Donneur de sang. || Transfusion de sang. || Couleur de sang. Rouge, vermeil (→ Hématite, cit.; piment, cit. 1). || Rouge sang. || Velours sang-de-bœuf (→ Marotte, cit. 2).
1 On prétend que le liquide salé qu'est notre sang n'est que la survivance intérieure de l'élément marin primitif.
Proust, Sodome et Gomorrhe, Pl., t. II, p. 850.
2 Le sang est un tissu, comme tous les autres tissus. Il se compose d'environ 30 000 milliards de globules rouges, et de 50 milliards de globules blancs. Mais ces cellules ne sont pas comme celles des autres tissus, immobilisées par une charpente. Elles sont suspendues dans un liquide visqueux, le plasma. Le sang est un tissu mouvant, qui s'insinue dans toutes les parties du corps. Il porte à chaque cellule la nourriture dont elle a besoin. En même temps, il sert d'égout collecteur aux produits de déchet de la vie tissulaire. Mais il contient aussi des substances chimiques et des cellules capables d'opérer des reconstructions organiques dans les régions du corps où elles sont nécessaires.
Alexis Carrel, l'Homme, cet inconnu, III, V.
3 Son correspondant, par retour du courrier, a demandé, sur ces jeunes gens, une foule de renseignements. Entre autres, la teneur de leur sang en hémoglobine, en globules blancs et en globules rouges.
G. Duhamel, Scènes de la vie future, II.
4 Tout l'organisme n'a d'emploi qu'à la reconstitution de son sang, — tout, fors, peut-être, l'entretien et le service matériel de la reproduction (…) Mais ce sang lui-même n'a d'autre emploi que de reverser à l'appareil qui le régénère ce qui est nécessaire à cet appareil pour qu'il fonctionne. Le corps fait du sang qui fait du corps qui fait du sang (…) le sang (…) fait continuellement le tour de son monde de chair, en quoi consiste la vie.
Valéry, Variété, Études philosophiques, in Œ., Pl., t. I, p. 924.
tableau Désignations de couleurs.
Loc. (vieilli). Animaux à sang chaud (à température stable : homéothermes, circulation complète), à sang froid (à température variable : poïkilothermes).
Altérations, maladies du sang. Anémie, cholémie, glycémie, hématurie, hémolyse (et sang laqué), hémopathie, hémophilie, hydrémie, leucémie, mélanémie, septicémie, toxémie, urémie. || Troubles dans la circulation du sang. Afflux, apoplexie, congestion, embolie, fluxion, ischémie, thrombose. || Épanchement de sang. Anévrisme, ecchymose, flux, hémorragie, purpura, saignement. || Éruption, pertes de sang. Métrorragie. — ☑ Loc. cour. || « … Vers mon cœur (cit. 31) tout mon sang se retire » (Racine). → aussi Point, cit. 3. Sang qui monte à la tête (→ Redresser, cit. 7), au visage (→ Fouet, cit. 6), au front (→ Fierté, cit. 10).Mon sang n'a fait qu'un tour : j'ai été bouleversé (indignation, peur, etc.). || Sang qui colore les joues (→ Blet, cit. 2). || Sang aux joues (→ Gonfler, cit. 14). || Œil injecté (cit. 4) de sang.Coup de sang : congestion.Crachement, vomissement de sang (→ Haleine, cit. 16). Hématémèse, hémoptysie. || Rendre le sang par la bouche (cit. 9; → aussi Échapper, cit. 44; étouffer, cit. 5). || Pisser (cit. 5) le sang. || Perdre beaucoup de sang. Exsangue.Se gratter (cit. 24), mordre, pincer jusqu'au sang, jusqu'à faire saigner. || Être en sang. Ensanglanter, saigner; sanglant (→ Pisser, cit. 6). || Sang séché. Croûte. || Tirer du sang à qqn. Saignée; saigner. || Faire couler, verser le sang de qqn (→ ci-dessous, 3.).
5 L'abbé Godard devint rouge, à faire craindre un coup de sang.
Zola, la Terre, III, VI.
6 — Qu'est-ce qui m'arrive ?… J'ai sûrement une hémorragie…
Elle glissa un bras sous son drap (…) Elle ramena sa main couverte de sang et elle la tint un moment près de ses yeux à la lumière, en pensant : comme je saigne, je perds tout mon sang.
P. Nizan, le Cheval de Troie, II, VIII.
6.1 Mais, par-dessus tout, il y avait le tambour du sang, le grondement du sang. Il tapait sur un sombre tambour dans les hommes et dans les femmes. À chaque coup, ça tapait comme au creux de la poitrine.
J. Giono, Que ma joie demeure, in Œ., Pl., t. II, p. 548.
6.2 (…) à deux pas du pavillon de briques où l'on collecte et distribue les différents types de sangs reconnus par la science une foule d'hommes et de femmes, qui vaquant à leurs emplettes emplissaient la chaussée, semblaient offrir comme sur un éventaire un large échantillonnage de sangs (sangs qui, à l'inverse de ceux qu'emportaient leurs acquéreurs dans des sachets de plastique dont le contenu d'un rouge profond transparaissait, étaient des sangs de pure métaphore, comme dans « sang-mêlé », « sang bleu », « prince du sang » et « pur sang »)…
Michel Leiris, Frêle bruit, p. 316.
Loc. fig. Un apport de sang frais : un apport d'éléments nouveaux, jeunes. || Cette vague d'immigrants constitue un apport de sang frais pour le pays.|| « Apport en sang frais (capitaux nouveaux investis dans les entreprises) » (L.-V. Vasseur, J.-J. Bimbenet et M. Hillairet, les Industries de l'alimentation, p. 82).
6.3 Les finances du Royaume exigeaient un sang frais.
Claude Courchay, La vie finira bien par commencer, p. 258.
Anc. Méd. Humeur. || Le sang : les humeurs qui commandent les passions, le comportement.
7 Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degrés de la chaleur et de la froideur du sang.
La Rochefoucauld, Maximes, 564.
8 (…) le sang tourmentait mademoiselle Cormon; elle faisait subir ses confidences au chevalier de Valois (…)
Balzac, la Vieille Fille, Pl., t. IV, p. 256.
Par hyperbole ou métaphore. Liquide, humeur mêlée de sang. || Cracher du sang. || Sueur de sang. Hématidrose. — ☑ Loc. Suer sang et eau. — ☑ Fig. Larmes de sang. || Pleurer des larmes de sang (var. rare : pleurer du sang) : pleurer amèrement, douloureusement.
8.1 L'homme, obstiné, inflexible, refusa et la chassa en la menaçant de sa vengeance prochaine — « qui lui ferait pleurer du sang », disait-il.
Maupassant, Chronique, in Contes et nouvelles, Pl., t. II, Appendice, p. 1275.
Par métaphore. || Le Sang noir, roman de L. Guilloux (dont le protagoniste, Cripure, est empli de haine).
2 (XVe). Loc. fig. ou métaphore. Principe de vie, dans l'être vivant. Des êtres de chair et de sang, bien réels, vivants, et non imaginaires (cit. 4). || Sang riche ( Sanguin), surabondant ( Pléthore), pauvre (→ 1. Fer, cit. 4).Littér. || Sang généreux (cit. 1 et 18), aduste (cit. 2), allumé (cit. 20), ardent (→ Couler, cit. 8), enflammé (→ Lascif, cit. 1), bouillant (cit. 4), en ébullition (→ Incendiaire, cit. 5).Cour.Avoir le sang chaud : être irascible, impétueux.Avoir du sang dans les veines : être prompt et hardi dans la riposte et dans l'action. Courageux, résolu.Il n'a pas de sang dans les veines, il a du sang de poulet, de navet. Lâche. || Échauffer (cit. 3), adoucir (cit. 2), rafraîchir, dépurer, vicier le sang.Principe des passions, de l'énergie vitale. || Enflammer (→ Amant, cit. 3), embraser (→ Éblouissement, cit. 4), brûler (cit. 29), faire bouillir (cit. 4), émouvoir (cit. 7), fouetter (cit. 15), allumer (→ Partie, cit. 29) le sang. || Son sang bout, bouillonne (cit. 2), s'enflamme (cit. 17), s'allume (→ Extravagant, cit. 3), pétille (→ Impassible, cit. 2) dans ses veines. || Force d'un sang jeune (→ Carnation, cit. 2). || Ardeur (→ Accoutumance, cit. 2), bouillons (cit. 6), bouillonnement (cit. 3), chaleur (→ Jeune, cit. 9), tumulte (→ Électriser, cit. 4) du sang.Crainte qui glace le sang (→ Ravir, cit. 3). || Sang qui se glace (cit. 3), se gèle (cit. 3), se fige (cit. 2) dans les veines. — ☑ Bon sang. || Se faire du bon sang, se payer une pinte de bon sang.Mauvais sang : souci. || Se faire du mauvais sang : s'inquiéter, se tourmenter dans l'incertitude et l'attente. Inquiétude, souci (→ Entretenir, cit. 17; esclaffer, cit. 1); et aussi contrarier.Au plur. (fam.).Se cailler, se manger, se ronger, se tourner les sangs. — ☑ Se faire un sang d'encre : se faire beaucoup de mauvais sang, s'inquiéter terriblement.
9 Ce que tu as fait de mal, c'est ta jeunesse, c'est ta tête — que sais-je, moi ? C'est le sang qui coule violemment dans ces veines brûlantes, c'est ce soleil étouffant qui nous pèse.
A. de Musset, Lorenzaccio, III, 6.
9.1 Monsieur le baron ne vous mangez pas les sangs comme ça, reprit Mme Olivier.
Balzac, la Cousine Bette, p. 189.
10 Ces vieux ! ça n'a qu'une goutte de sang dans les veines, et à la moindre émotion elle leur saute au visage (…)
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, « Les vieux ».
11 L'âcreté du sang chez Chamfort devait être son âcreté d'esprit.
Ed. et J. de Goncourt, Journal, 17 févr. 1865, t. II, p. 197.
11.1 Dans de pareils moments mieux vaut être avec des amis et non pas toujours seul à se manger les sangs.
Francis Carco, les Belles Manières, p. 119.
Dans le sang : inné, inhérent à la personne, par nature, de naissance. || Affection (cit. 6) qui vit dans notre sang (→ aussi Fureur, cit. 13). || Il a ça dans le sang : c'est un instinct, une qualité profonde en lui (se dit parfois d'un amour, d'une passion). || Médecin dans le sang et jusqu'aux ongles (cit. 9). || L'oblature (cit.) a été dans le sang du moyen âge.REM. Se dit aussi des caractères héréditaires, en prenant le mot sang au sens 4.
12 Il avait la liberté dans la peau; dans la moelle et dans le sang, dans les vertèbres.
Ch. Péguy, Notre jeunesse, p. 126.
3 (1080, Chanson de Roland). Sang humain versé à la guerre, par violence.(Dans des expressions, souvent littér. et archaïques). || Verser, répandre, faire couler le sang. Tuer (→ Bataille, cit. 6; corps, cit. 30). || Effusion de sang (→ Régicide, cit. 2). || Altéré (cit. 16 à 18), avide (cit. 4 et 6) de sang. || « Le sang enivre (cit. 2) le soldat » (Bossuet). || Nager, se baigner dans le sang (→ Assouvir, cit. 8; atrocité, cit. 1). || Bains (cit. 6) de sang. Carnage, massacre.Dans le sang. || Noyer une révolte dans le sang. Réprimer. || Avoir trempé ses mains dans le sang, avoir fait couler le sang.À sang.Mettre à feu et à sang : ravager, saccager en brûlant, en massacrant.Fleuves, flots, ruisseaux, mers de sang (→ Baigner, cit. 24; fouler, cit. 4; précipiter, cit. 2). || Mares, flaques (cit. 2), éclaboussures (cit. 1), taches, traces de sang. || « Qu'un sang impur abreuve (cit. 3) nos sillons ! » || Le sang coule (cit. 9), jaillit (cit. 4), gicle (cit. 2), ruisselle (→ Exécuter, cit. 21). || Couvert (cit. 42) de sang. || Fumant de sang. || Le sang des victimes. Sacrifice (→ Assemblée, cit. 8; autel, cit. 7; expiation, cit. 1 et 4). || Boire, sucer le sang (→ Furet, cit. 1). || Les Scythes s'abreuvaient de sang (→ Crâne, cit. 1).Par hyperb. || Buveurs de sang : hommes cruels, sanguinaires (→ Doré, cit. 5), ou exploiteurs féroces (→ Fournir, cit. 14). || Sucer le sang du peuple, l'appauvrir. — ☑ Avoir du sang sur les mains : avoir commis des crimes.Le combat doit se terminer par le sang (→ Appel, cit. 18).Laver (cit. 22 et 23) une injure, un affront (cit. 8) dans le sang. || « Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage » (→ Arrogant, cit. 6, Corneille). || Venger le sang par le sang (→ Immoler, cit. 7). || « Des lois et non du sang » (→ Arrêter, cit. 52). || Ils me paieront ça avec du sang (→ 1. Lever, cit. 8). || « Je suis innocent (cit. 9) du sang de ce juste ». || « Afin que retombe (cit. 15) sur vous le sang innocent ». || « La voix du sang de ton frère crie… » (cit. 37). || « C'est acheter (cit. 10) la paix du sang d'un malheureux » (Racine).Verser son sang pour la patrie (→ Après, cit. 27; décimer, cit. 3). || Impôt (cit. 17 et 18) du sang. || Payer (cit. 24) sa dette avec du sang. || Moi qui aurais donné tout mon sang pour toi. Vie (→ Poison, cit. 9). || Au prix de tout notre sang (→ Empoisonner, cit. 7). || Le sang des martyrs (cit. 1), des victimes, des innocents… || Baptême (cit. 14) du sang.Le Sang d'un poète, film de J. Cocteau.
13 Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois (…)
Corneille, le Cid, II, 8.
14 Exterminez, grands dieux, de la terre où nous sommes,
Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes !
Voltaire, Mahomet, III, 8 (1742).
15 L'arbre de la liberté ne saurait croître s'il n'était arrosé du sang des rois.
Paroles de Barère de Vieuzac, 13 janv. 1793, pour justifier la condamnation de Louis XVI…
16 Le sang du roi et des nobles crie vengeance et ses cris seront entendus.
A. Jarry, Ubu roi, III, 5.
17 (…) tout art véritable met ses moyens, même les plus brutaux, au service d'une part de l'homme obscurément ou véhémentement élue. Il n'y a pas plus dans le plus violent roman de gangsters que dans l'Orestie ou dans Œdipe-Roi; mais le sang n'y a pas la même signification.
Malraux, les Voix du silence, p. 523.
18 C'est Poe lui-même qui a écrit : « Et ce mot, — sang — ce mot suprême, ce roi des mots, — toujours si riche de mystère, de souffrance et de terreur (…) » On s'explique donc que, pour un psychisme aussi marqué, tout ce qui, dans la nature, coule lourdement, douloureusement, mystérieusement soit comme un sang maudit, comme un sang qui charrie la mort. Quand un liquide se valorise, il s'apparente à un liquide organique. Il y a donc une poétique du sang. C'est une poétique du drame et de la douleur, car le sang n'est jamais heureux.
G. Bachelard, l'Eau et les Rêves, p. 84.
Loc. (1690). Le premier sang : la première blessure, dans un duel. || Duel au premier sang, qui s'arrête au premier sang versé, à la première blessure.
18.1 La douleur de cette blessure fit ouvrir les doigts au duc, dont l'épée roula sur terre.
Sigognac, avec une courtoisie parfaite, s'arrêta aussitôt, quoiqu'il pût doubler le coup sans manquer aux conventions du duel, qui ne devait pas s'arrêter au premier sang.
Th. Gautier, le Capitaine Fracasse, IX.
Fig., par allus. au premier sang des duels :
18.2 Je l'avais rencontrée un de ces jours néfastes pour les fillettes, où elle était tombée sur la mosaïque de la villa grecque de Stuck, où elle s'était ouvert le front à un stylobate (…) déchiré sa robe à un modillon spartiate, le jour (…) où les démons hellènes la poursuivaient jusqu'au premier sang.
Giraudoux, Siegfried et le Limousin, p. 131.
Le sang, symbole des faits divers criminels. || Du sang à la une (des journaux).
(XIIIe). Relig. chrét. || Le sang du Christ, le Précieux Sang, répandu pour le salut des hommes (→ Arrosement, cit. 5; effusion, cit. 3; épine, cit. 2). || « J'ai versé telles gouttes (cit. 15) de sang pour toi ! » (Pascal). || Le corps et le sang du Christ dans le sacrifice de la messe (cit. 1). || « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi » (→ Eucharistie, cit. 1). || « Car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance » (cit. 4). || « Que mon sang retombe sur vous… »
Loc. Vx. Par le sang de Dieu !, juron atténué en par le sang bleu (Molière, la Princesse d'Élide, Intermède, I, 2), par la sangbleu ! (Molière, le Misanthrope, II, 6) et palsambleu. — ☑ (V. 1880). Loc. mod. Bon sang ! (→ Exempter, cit. 4; propre, cit. 31; retourner, cit. 7). || Bon sang de bon sang, de bonsoir !… || Bon sang de bois !
19 Qu'est-ce qu'il se met dans le coco
Bon sang de bois il s'est saoulé.
Apollinaire, Calligrammes, p. 167.
19.1 Ah ! cette bon sang de guerre, les Boches seront les seuls à s'en relever (…)
Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 844.
tableau Principales interjections.
4 (Après 1250; métaphore du sens 1; → ci-dessus, cit. 6.2). || Le sang, traditionnellement (et erronément) considéré comme porteur des caractères raciaux et héréditaires (→ Parent, cit. 3). Hérédité (cit. 9), race (cit. 18). || « Naquit (cit. 3) d'un sang breton et lorrain à la fois » (Hugo). || Fille de son sang, issue (cit. 2) de lui. || Frères (cit. 5 et 8) du même sang (→ aussi Approcher, cit. 10). || Famille non croisée (cit. 9) de sang étranger. || Sans le moindre alliage (cit. 3) de sang coloré. || De sang mêlé. Sang-mêlé. || Avoir dans les veines une goutte (cit. 16 et 17) de sang de Saint Louis, de sang bleu (cit. 6). || Sang noble (cit. 23). || Nobles (cit. 17) de race, de sang, d'extraction.De sang royal (→ Héritier, cit. 8).Princes du sang.Ceux qu'unit le sang. Consanguin, parent (→ Autant, cit. 3; chaîne, cit. 17; désunion, cit. 1).Liens du sang. Parenté (→ Étranger, cit. 8; homme, cit. 47). || La famille (cit. 32) du sang. || Héritiers du sang.La voix du sang.La population juive (cit. 6) a une part de sang non sémitique. || Son sang de breton (→ Frondeur, cit. 6), de paysanne (→ Gain, cit. 8). || Alsacien pur sang.Cheval pur sang. || Une bête (cit. 13) de sang, de race. || Cheval issu d'un seul cheval pur sang. Demi-sang.
20 Et de ce même sang se peut-il que je sois !
Je me veux mal de mort d'être de votre race.
Molière, les Femmes savantes, II, 7.
21 Je me tais. Cependant Phèdre sort d'une mère,
Phèdre est d'un sang, Seigneur, vous le savez trop bien,
De toutes ces horreurs plus rempli que le mien.
Racine, Phèdre, IV, 2.
22 C'est en vain que d'eux tous le sang m'a fait descendre;
Si j'écris leur histoire, ils descendront de moi.
A. de Vigny, Poèmes philosophiques, « L'esprit pur », II.
23 Il est donc impossible de soulever ici aucune question de race et de rechercher quel sang coulait dans les veines de celui qui a le plus contribué à effacer dans l'humanité les distinctions de sang.
Renan, Vie de Jésus, Œ., Pl., t. IV, p. 99.
24 (…) fils de la terre serve ! je ne suis pas votre sœur, vous n'êtes pas de notre sang !
Claudel, l'Annonce faite à Marie, II, 2.
24.1 Elle avait aux veines du sang du peuple, du sang irascible.
Maupassant, Yvette, Pl., t. II, p. 285.
24.2 Les rois sont définis par la pureté de leur race (le Sang bleu), comme des chiots.
R. Barthes, Mythologies, p. 35.
(XIVe, bon sang ne peut faillir; le sang ne peut mentir, 1604). Prov. Bon sang ne peut mentir : le sang ne dégénère pas, les qualités des parents (ou, iron., leurs défauts) se retrouvent chez les enfants.
REM. Cette locution proverbiale a eu autrefois des sens assez différents : « on fait toujours paraître ce qu'on est dans le fonds de l'âme » (Furetière, art. Mentir); « on a de la peine à faire des actions indignes de sa naissance » (Furetière, art. Sang, où il indique le sens actuel); « l'affection naturelle entre personnes de même sang ne manque pas de se déclarer » (Littré).
25 — Prends ma place, Onésime (…) Il faut que les clients s'accoutument à ta figure. Dès aujourd'hui, reçois les commandes qu'on apportera (…) Onésime Dupont obéit en silence (…) Son père alla se promener, confiant dans son fils, car il estimait que bon sang ne saurait mentir (…)
France, Pierre Nozière, I, XI.
(XVe). Vx ou littér. La famille considérée dans sa lignée. Les enfants, les descendants. || « … de ce sang déplorable Je péris la dernière et la plus misérable » (cit. 3, Racine). || Napoléon était parti (cit. 22) de lui-même, rien de son sang ne l'avait précédé.Les enfants, les descendants. || « Viens, mon fils (cit. 1), viens mon sang, viens réparer ma honte » (Corneille).
26 Tous les Béthunes font quelque semblant de vouloir empêcher qu'on ne fasse le procès à leur sang.
Mme de Sévigné, 1156, 25 mars 1689.
DÉR. V. Sanglant, sanguin, sanguinaire, sanguinolent.
COMP. Sang-de-dragon ou sang-dragon, sang-froid, sang-mêlé. — Demi-sang, pur-sang. — V. Sangsue.
HOM. Cent, sans, sens (dans certains cas).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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